22 décembre 2008

PS, le retour

Tiens, tiens, il se passe quelque chose depuis quelques semaines, et l'ultra-président est sur les nerfs dit-on.

Débats houleux et retards dans l'examen des lois sur l'audiovisuel (Office de Radio Télévision Sarkozienne) et le travail du dimanche (yes week end), crise de nerfs à l'Elysée sur le cas Rama Yade, report en rase campagne de la réforme des lycées, combat d'éléphants à la tête de l'UMP, que se passe -t-il ? La belle machine, savamment mise en scène et complaisamment décrite, serait elle enrayée ?

Mais au fait que s'est il passé de nouveau depuis quelques semaines pour expliquer cette série de mauvaises nouvelles pour la droite ? Et si c'était tout simplement la renaissance d'une opposition, parlementaire et politique, qui manquait tant au pays. Le groupe PS semble requinqué à l'Assemblée, comme au Sénat, notamment depuis que le secrétariat national se tient le mardi matin, pour donner aux députés des consignes plus claires. Le PS produit des dizaines de communiqués de presse, et se bat sur tous les fronts.

lyceens.jpgLe président Sarkozy voit la main du PS dans les manifestations lycéennes qui ont eu raison de Xavier Darcos ? C'est évidemment faux, mais dans les rangs lycéens ou étudiants, "socialiste" n'est plus un gros mot, et l'investissement dans l'éducation redevient un clivage politique majeur.

Le PS est donc de retour et s'exprime avec une force nouvelle. Un savant mélange d'expérience et de renouveau dans l'équipe, sous l'autorité bienveillante mais ferme de Martine. Il était temps, car l'année 2009 s'annonce très difficile pour les français, et le PS ne pouvait plus longtemps être aux abonnés absents.

Pour le PS, en 2009, il n'y aura ni 35 heures ni repos dominical. Tous sur le pont !

02 décembre 2008

Saura-t-elle se faire aimer ?

martinezapatero.jpgAlors que son équipe renouvelée n'est pas encore en place, Martine Aubry impose déjà son style et sa poigne. Le rassemblement, à travers les premières discussions politiques avec Ségolène Royal pour lui laisser le choix de rentrer dans la majorité, si elle en accepte les principes (dont l'ancrage à gauche et la nature militante du parti), et l'offre de participer à la direction du Parti. Le souffle, à travers la réunion de Madrid du Parti socialiste européen, dont elle a su orienter le cap vers l'Europe sociale.

Sarkozy a du souci à se faire, et son silence sur l'élection de Martine Aubry en dit long. J'ai eu la chance de travailler auprès d'elle lorsque j'étais directeur adjoint de Claude Bartolone, son ministre de la ville. J'ai pu mesurer la puissance de conviction et la force de travail de celle qui était alors n°2 du gouvernement de Lionel Jospin. J'ai vu ce qu'elle savait faire à Lille, dans des conditions difficiles. Ceux qui s'attendent à une 1ère secrétaire sans pouvoir vont en être pour leurs frais.

Saura-t-elle se faire aimer ? semblent s'interroger les éditorialistes de la presse parisienne, en notant férocement que la presse populaire ne lui consacre pas le 10ème ce qu'elle a écrit sur Ségolène Royal, même après sa défaite.

Se faire aimer n'est pas une fin en soi pour elle, et on ne la verra jamais mettre en scène son intimité, ou jouer de la pipolisation et des médias. Les français attendent du principal parti de gauche une crédibilité, une combattivité, une perspective, plutôt qu'une image ou des anecdotes. Parce qu'elle représente à elle seule la question sociale, ministre des grandes conquêtes sociales, figure d'une région emblématique du peuple de gauche, porteuse d'une ligne politique clairement à gauche, elle sera l'espoir de tous ces français qui souffrent de la politique libérale de Sarkozy et désespéraient du parti socialiste. Martine ne veut pas l'amour des français, mais leur confiance. Elle aura les deux.

Fini de se moquer du parti socialiste. La peur change de camp.

18 novembre 2008

Nuit des bonnes résolutions

aubrydelanoe.jpgJe ne me retrouve pas dans la lecture catastrophiste que certains font du congrès de Reims, dont les gagnants seraient Sarkozy et Bayrou.

Bien sûr, le congrès arrive à un moment où l'on aurait aimé une parole forte du principal parti d'opposition, sur l'analyse de la crise financière et pour dénoncer les gesticulations de Nicolas Sarkozy cherchant à s'exonérer de ses responsabilités dans la faillite des idées libérales. Au moins cette crise a-t-elle rendu toute son actualité aux idées socialistes et de gauche, présentées hier comme ringardes et dépassées, parfois même par certains des nôtres.

Pour l'avoir vécu de l'intérieur, je peux témoigner que le congrès de Reims est l'un des plus politiques qu'il m'ait été donné de vivre, où orateurs et délégués de motions ont été au bout du débat, sur l'essentiel : les valeurs fondamentales, les priorités d'action, le système d'alliances, la nature du parti ! Les enjeux de pouvoir n'en étaient pas absents, mais les idées ne traversent pas les salles sans qu'elles soient portées par des hommes et des femmes capables d'en convaincre les autres.

Ayant participé à la fameuse commission des résolutions qui a travaillé dans la nuit du samedi au dimanche pour essayer de trouver une majorité au PS, je veux rétablir quelques vérités. Je confirme tout d'abord que Ségolène Royal n'est pas parvenue à réunir une majorité autour de son projet, jugé trop flou (par exemple sur les salaires, ou sur la cohérence générale) et dangereux sur la stratégie politique d'alliances. Une bonne partie des échanges a été consacrée à cette fameuse éventualité d'un accord national avec le MODEM, dont la perspective changerait le contenu de notre projet et notre capacité à rassembler toute la gauche. Il a également été question de la nature de l'engagement militant au parti socialiste, et de sa transformation inévitable en parti de supporters si l'on permet à des sympathisants d'adhérer à faible coût pour y soutenir la personne de leur choix. Bref, deux visions cohérentes se sont opposées, sans l'ombre d'une ambiguité. J'ai d'ailleurs eu le sentiment, largement partagé, que Ségolène Royal savait déjà qu'elle n'aurait pas de majorité, et qu'elle a un peu mis en scène son isolement, avec un discours très offensif l'après-midi, et une sortie de commission des résolutions très théâtrale, dont les journalistes avait été prévenus. Elle s'adressait déjà aux militants, en prenant à témoin l'opinion. C'est de bonne guerre, même si je suis toujours gêné d'entendre des socialistes qui doivent tant à leur parti le vouer aux gémonies.

Autre précision importante à connaître : si une majorité alternative n'a pas été officialisée au sortir de la commission des résolutions, un rassemblement entre les motions A (Delanoë), D (Aubry) et C (Hamon) s'est clairement esquissé. Un texte commun a d'ailleurs été établi entre les 3 motions, qui montre les convergences sur les points essentiels. L'accord a achoppé sur le choix d'un candidat unique. Pour ne pas fragiliser cet équilibre politique, Bertrand Delanoë a refusé que ce soit Benoît Hamon qui le porte, tout comme ce dernier a refusé que ce soit quelqu'un de la motion A, comme Harlem Désir. Chacun a donc pris ses responsabilités, et Benoît Hamon, en accord avec Henri Emmanuelli, a cru bon de maintenir sa candidature, malgré les ouvertures dans sa direction de Martine Aubry. Je veux souligner l'attitude exemplaire de Martine Aubry, qui depuis des mois et jusqu'au bout, n'a jamais évoqué sa candidature, au grand désespoir de certains de ses soutiens, pour ne pas que les questions de personnes fassent obstacle au rassemblement des idées. Elle n'en est arrivée là que le dimanche matin, voyant que Bertrand Delanoë renonçait à présenter la sienne, et sachant que par sa position centrale, entre les motions C et A, elle détenait la clé du scrutin.

Il faut également saluer l'attitude de Bertrand Delanoë, qui a finalement choisi de s'engager massivement derrière Martine Aubry, pour défendre la conception du parti et des alliances qu'ils ont en commun, et pour demain constituer une majorité dans le parti. Benoît Hamon a d'ores-et-déjà annoncé qu'il en ferait autant s'il n'est pas devant Martine, compte tenu de leurs convergences évidentes.

Compliqué tout çà ? Finalement, la situation s'est éclaircie de manière considérable depuis le vote des militants et le congrès de Reims. Deux lignes politiques s'opposent, l'une, portée par Martine Aubry, majoritaire, qui veut la rénovation du PS. L'autre, défendue par Ségolène Royal, minoritaire, qui recherche la transformation du PS. Parti socialiste contre parti démocrate ; parti d'union de la gauche contre parti de centre gauche ; parti de militants contre parti d'adhérents. Rarement les choix auront été aussi clairs et cruciaux.

Cette vision plus politique est sans doute moins simple à raconter que les histoires à dormir debout d'un "front TSS" ("Tout Sauf Ségolène"), qui ne correspondent pas à la réalité, ou alors le conte de fées des modernes contre les archaïques. Le parti est en mouvement, et le congrès de Reims accouchera quoi qu'il arrive d'un réel changement. Reste à savoir si les militants confirment, et dans quelle proportion, l'ancrage à gauche du parti et sa nature militante. Réponse jeudi et vendredi soir.

12 novembre 2008

Garder le cap à gauche

reims.jpgVoici le genre de messages que je reçois en ce moment, et qui traduisent l'état d'esprit et le desarroi de nombreux militants :

 

"Chers Camarades, cher Vincent,

Je serai avec vous par la pensée, et je tiens à vous faire par de mon opinion suite aux résultats de vote sur les motions. Pour ma part je souhaite un accord entre la motion D de Martine et la motion A Delannoé, et la motion C Hamon (si possible), ces 3 motions dégagent une large majorité de 71 % !

C’est la seule alliance à mes yeux qui puisse garantir l’encrage à gauche du Parti Socialiste dont l’action sera portée par nos vraies valeurs.
(il ne s’agit pas d’un front anti Ségolène…)

Si j’ai à choisir, le 20 novembre 2008, entre ROYAL et HAMON ? Je pense que je voterai HAMON ! Ou je m’abstiendrai.

Royal a perdu toute crédibilité à mes yeux depuis qu’elle a déclaré avoir défendu et proposé des mesures dans la campagne des présidentielles (SMIC à 1500 Euros par exemple) alors qu’elles n’était pas d’accord avec celles-ci. Une telle attitude c’est se moquer des Français et des Socialistes.

Et puis, il y a « les sirènes sous les fenêtres à BAYROU entre les 2 tours des présidentielles …


Et enfin, pour moi Ségolène c’est « la politique spectacle » « show biz » « un produit des médias » que je rejette, la politique c’est « les idées » un programme et des objectifs « de gauche » clairs.

Amitiés Socialistes, BON COURAGE."

Bon courage en effet. Mais il ne faut jamais desespérer de ce cher parti, qui a toujours su renaître de ses crises. Prenons nos responsabilités, pour que la rénovation ne soit pas un slogan mais une réalité, dans le respect de la nature militante de notre parti, et pour que l'espoir renaisse dans le peuple de gauche. Je prendrai les miennes, collectivement, dans la fédération du Pas-de-Calais et au plan national

05 novembre 2008

Oh Bam Ah !

obama.jpgLa démocratie américaine vient de nous réserver une de ces suprises qui en font le charme

Après avoir imposé à l'Amérique et au monde un président primate, sectaire et dangereux, le peuple américain nous donne le signal de l'espoir et du progrès

Bien sûr, Barack Obama n'a pas été élu sur un programme socialiste, et ne propose même pas l'équivalent d'une couverture maladie universelle, contrairement à Hillary Clinton. Mais c'est une figure charismatique, capable de réconcilier l'amérique et d'apaiser le monde.

Surtout, quel symbole, pour un pays dont certains Etats pratiquaient encore l'apartheid il y a une cinquantaine d'années. Quel message pour le monde, ravagé par le libéralisme débridé, replié sur chaque communauté ! Les sondages pratiqués dans la plupart des pays montre l'incroyable espoir qu'il soulève, y compris dans une France maltraitée par Sarkozy, qui voterait à plus de 90% pour lui !

Ca c'est l'Amérique qu'on aime, faite de générosité, d'engagement bénévole, d'enthousiasme, d'aspiration au progrès.

Finalement, les historiens montreront peut-être que c'est grâce à Bush, et à ses 8 années calamiteuses, qui ont semé inégalités, violences, guerre, obscurantisme, conservatisme borné et libéralisme débridé, que le phénomène Barack Obama a pu prendre corps. Merci donc à toi George W. Bush et adieu

28 octobre 2008

Pour un congrès de l'Espoir, par Jacques Delors

delors.jpgAu point où en sont les choses, il est vital que les socialistes confrontent leurs analyses et leurs projets soumis aux suffrages des militants.

L'ampleur de la crise rend plus nécessaire que jamais, en France, l'existence d'une opposition unie, forte et capable de critiquer, de contre proposer et parfois d'approuver les initiatives et actions du Gouvernement. C'est la condition pour que le Parti socialiste soit à nouveau investi par l'élection nationale et en mesure d'exercer un pouvoir juste et efficace, au service de la France et de tous les Français.

Il s'agit, en premier lieu, de réaffirmer et de faire vivre les valeurs qui ont fait, depuis la Dernière Guerre, les succès des mouvements social-démocrate et socialiste, en Europe comme en France. Pour moi, ce sont la liberté, la solidarité, la responsabilité personnelle et collective, le vouloir vivre ensemble, le respect de l'autre.

Certes, le plus difficile est de traduire, aujourd'hui, ces valeurs dans des politiques qui répondent aux multiples défis adressés à la France et à l'Europe : démographiques, technologiques, écologiques, économiques et sociaux. Des politiques qui surmontent les obstacles dressés par un individualisme exacerbé ou par la revendication d'une société à risque zéro.

La France n'y arrivera pas si elle succombe aux attraits du populisme ou aux illusions de la gesticulation médiatique.

Bien sûr, elle doit s'adapter, mais dans le respect du meilleur de ses traditions. Son succès est lié à une relance de l'Europe afin que nous puissions, nous les européens, défendre nos intérêts légitimes, agir au service de la paix et du développement durable pour tous. Et, dans le même temps, faire avancer, pas à pas, les régulations indispensables à l'échelle mondiale. Puis-je rappeler, en passant, que j'avais, à cette fin, proposé dès 1993 la création d'un Conseil de Sécurité Economique auprès de l'ONU.

L'Europe et la France, ce n'est pas seulement cet idéal d'union dans la richesse de nos diversités. C'est aussi la voie incontournable pour affirmer nos identités, notre patrimoine, notre souci d'équilibre entre l'individu et la société. La France qui réussit, qui influence, c'est la France qui, non seulement prend des initiatives, mais utilise les armes du dialogue, de l'écoute des autres, de la persuasion, du compromis dynamique.

Malheureusement, les socialistes n'ont pas, ces dernières années, pesé suffisamment sur le sort de la construction européenne. Ils se sont divisés lors du référendum de 2005. D'où des rancœurs -tenaces ou opportunes selon les cas- qu'il faut absolument surmonter pour retrouver tous ensemble les fondamentaux d'une politique européenne ambitieuse. Ce fut possible et productif durant les présidences de François Mitterrand.

C'est au regard de ces réflexions que j'ai lu avec attention et intérêt les différentes motions proposées au Congrès de Reims.

La motion D est celle qui répond le mieux à ces orientations et qui, bien plus encore, ranime mon espoir dans un avenir meilleur et fraternel.

Jacques Delors

22 octobre 2008

Zen

J'ai été très choqué d'entendre Patrick Bloche, mandataire à Paris de Bertrand Delanoë (et non ce dernier lui-meme comme je l'ai cru à tort) dire ce matin sur Europe 1 qu'il serait vigilant sur certaines fédérations, dont celle du Pas-de-Calais a-t-il laissé entendre suite à une relance du journaliste, comme l'une de celles susceptibles de tricher au congrès de Reims.

Il faut sans doute mettre cette attaque sur le compte de la nervosité, avec d'autres tout aussi limites sur l'accord local avec le MODEM pour la mairie de Lille, pourtant validé par la direction nationale du PS et que Bertrand envisageait également avant le 1er tour des municipales à Paris. C'est tout de même autre chose que d'envisager François Bayrou comme Premier ministre, comme Ségolène Royal le proposait !

Heureusement que ces attaques indignes ne viennent pas de représentants locaux de la motion de Bertrand Delanoë et François Hollande, car ce n'est pas nos habitudes, et nous savons ce que c'est que la camaraderie, le besoin profond d'unité et l'intérêt supérieur de la fédération du Pas-de-Calais.

Les amis de la motion Delanoë-Hollande doivent comprendre, au plan national, que c'est très difficile pour eux, malgré la grande qualité de leurs représentants locaux, comme Guy Delcourt, Michel Lefait ou Frédéric Cuvillier, de convaincre les militants d'une région qui se sent souvent stigmatisée à Paris, et qui vivent avec enthousiasme l'espoir d'avoir un porte-parole emblématique de la gauche au pouvoir, après Pierre Mauroy. Certains me disent que c'est un peu comme si l'on demandait aux supporters du Racing Club de Lens de défendre les couleurs du PSG dans la tribune d'Auteuil du parc des princes.

En tout cas, prenons garde de ne pas salir une fédération et des élus qui sont la fierté de notre parti, qui ont su garder une légitimité enviable auprès de populations qui ont vécu des mutations économiques d'une brutalité folle. Une fédération forte de 15.000 militants, c'est plutôt un exemple à suivre ailleurs, plutôt qu'une anomalie à stigmatiser, vous ne trouvez pas ?

Restons calme, et à l'exemple de Martine Aubry, gardons le débat au niveau qu'il mérite. Jamais peut-être, après les dégats produits par la droite au pouvoir et la crise financière, le peuple n'aura eu autant besoin d'une gauche fière de ses valeurs, et d'un parti enfin collectif et audible. Le rassemblement est en marche...

21 octobre 2008

Tourner la page

Hier soir se tenait l'assemblée générale des motions dans le Pas-de-Calais. La salle de Beuvry était comble, pour applaudir notamment Pierre Moscovici pour la motion A (Delanoë-Hollande), Vincent Peillon pour la motion E (Royal), et bien entendu Martine Aubry (motion D).

Magnifique soirée, où chaque orateur a pu en 15 minutes essayer de convaincre les responsables et les militants présents dans la salle. J'ai particulièrement apprécié que Martine Aubry, qui jouait pourtant à domicile, devant une salle largement acquise, ne prenne pas de haut les autres orateurs, et livre une prestation remarquable, unanimement saluée. Un grand moment de politique, dans une actualité économique et sociale dramatique, sur les terres du socialisme.

Mais plus encore que le contenu des interventions, j'ai noté malicieusement quelques silences, qui en disent long. Pierre Moscovici par exemple n'a parlé que de Bertrand Delanoë, sans jamais citer Paris, et le nom de François Hollande n'est venu qu'en creux, comme si c'était en contradiction avec la volonté affichée de changer la direction du PS. Pierre, qui a rejoint tardivement la motion Delanoë-Hollande, après avoir préparé sa propre motion, puis envisagé de suivre ses amis de la "Ligne claire" chez Ségolène Royal, ne semble pas encore très à l'aise dans son nouveau port d'attache. Il a d'ailleurs reconnu oeuvrer dès à présent pour établir des passerelles entre les 2 démarches.

Plus encore, Vincent Peillon a fait un long plaidoyer vibrant pour le réalisme, l'égalité réelle et la démocratie, sans jamais...citer le nom de Ségolène Royal ni la moindre de ses idées contenues dans sa motion. Qui défendait-il vraiment ? Un véritable acte manqué.

Malgré l'intérêt de ces débats, nécessaires pour éclairer les militants, j'ai hâte de sortir de cette période de congrès, pour que le PS retrouve une voix audible, alors que le fiasco du libéralisme lui offre un boulevard pour proposer à l'opinion un modèle alternatif, en France, en Europe et au delà. Le vote à l'Assemblée nationale sur le plan Sarkozy de soutien au système bancaire, qui a abouti la semaine dernière à une abstention peu lisible du groupe PS (certains voulaient voter oui !), a été un nouvel épisode peu glorieux de la vie de notre parti. VLbartoAubryMauroy.jpgPierre Mauroy s'est d'ailleurs mis en colère la semaine dernière au bureau national, en regrettant le temps où les dirigeants du parti décidaient sur les grands sujets d'une ligne politique forte, qui s'imposait ensuite à tous.

Vraiment, il est temps de tourner la page, et je ferai tout pour que les militants prennent conscience de l'importance des enjeux qui se décideront au congrès, pour notre parti, pour la gauche et pour le pays.

02 octobre 2008

surmonter les trois crises

Voilà ce que j'ai lu de plus intelligent depuis quelque temps sur la crise financière. Je vous fais partager une tribune de Laurent Fabius parue dans le journal Le Monde daté du 3 octobre

 

fabius.jpgLe monde a peur et beaucoup de Français aussi. Malgré les apaisements officiels, les épargnants se demandent si leurs avoirs ne vont pas disparaître dans la tourmente. Les chefs d'entreprise constatent un fort ralentissement des affaires et du crédit. De nombreux salariés et retraités s'inquiètent. La prétendue séparation entre une Amérique gangrenée et une Europe immunisée, entre une finance fragile et une économie réputée solide, cette séparation vole en éclats. Les dirigeants en place agissent comme ils le peuvent, mais leurs errements passés renforcent souvent les inquiétudes plutôt qu'ils ne les apaisent. Que faire ?

Comprendre qu'il n'y a pas une crise, mais au moins trois. Et simultanément agir.

 La première crise est américano-mondiale. Tout est parti des Etats-Unis, les subprimes et le reste. Pourquoi ? Parce que ce pays domine et symbolise notre système. Cette crise-là, celle qui restera dans les mémoires comme la marque spécifique, c'est la grande crise de l'argent fou. Il était fou de prêter sans garanties ni limites, en escomptant que la valeur des biens immobiliers monterait jusqu'au ciel et permettrait aux emprunteurs de rembourser.

Il était fou de transformer, bonus astronomiques à la clé, des déchets toxiques financiers en créances titrisées, permettant de spéculer dans l'opacité. Il était fou d'évaluer les actifs des entreprises à leur cours instantané, transformant par là même les baisses en effondrement. Il était fou de laisser les agences de notation sans visibilité ni contrôle suffisants, les fonds spéculatifs broyer leurs proies, et les paradis fiscaux abriter toute cette folie d'enfer, eux qui cesseraient d'exister si les principales nations le décidaient vraiment, comme je l'ai, souvent dans le passé, demandé au nom de la France. Bref, il était fou de faire de l'argent une religion et du tout-marché son grand prêtre.

 Cela, que nous n'avons cessé à gauche de dénoncer depuis des années, éclate aujourd'hui à la face du monde et provoque des ravages en série sur les plans financier, économique, social. Les anti-étatistes d'hier, ouvriers de la 25e heure, se mettent à nationaliser et appellent à l'unité nationale...

Il faut revenir à plus de cohérence. L'urgent, c'est d'assurer la liquidité des banques, la continuité du crédit et de garantir les dépôts. Une fois le calme revenu, ce serait une nouvelle folie d'oublier combien la secousse a été grave : c'est toute la thèse libérale de l'autorégulation ou de la régulation par le seul marché qui s'est effondrée. Une nouvelle ère doit s'ouvrir. Elle devra être beaucoup moins favorable aux spéculateurs patentés et aux fortunes champignons, beaucoup plus propice à la définition et au respect de règles mondiales, beaucoup plus fondée sur le rôle régulateur de la puissance publique internationale, nationale et locale.

 Il faudra reprendre point par point les dérives que j'ai citées afin d'y apporter des parades. C'est un travail énorme. Il s'agit de faire cesser ou en tout cas de réduire la distorsion gigantesque entre la sphère de la finance et celle de la production. Après un sommet mondial élargi au-delà des pays du G8, le Fonds monétaire international (FMI) devra contribuer à préparer ces changements, puis à les mettre en oeuvre. Il est le mieux placé pour le faire. Les libéraux ont failli, qu'on en tire les conséquences.

 La deuxième crise est européenne. Contrairement à ce qu'on nous ressasse, l'Europe n'est pas immunisée contre le krach américain. D'abord, parce que la mondialisation est à l'oeuvre. Ensuite, parce que l'argent fou exerce aussi son emprise sur notre continent. Enfin, parce que l'Union européenne ne dispose malheureusement pas de la même puissance de réaction que le gouvernement américain.

 Là est le paradoxe européen : une situation plus saine, mais des moyens pour réagir plus limités. Sans revenir sur des débats passés, délicats mais essentiels, je constate qu'en Europe il n'y a toujours pas de véritable pilotage économique commun, ni de faculté pour l'Union d'emprunter elle-même, ni de lien très étroit entre responsables politiques et Banque centrale européenne (BCE), ni d'autorité commune de régulation. C'est pourtant cela dont nous avons besoin, que j'ai réclamé avec d'autres et qu'on nous a refusé.

 Dans ce contexte, comment agir à l'échelle européenne ? En nous coordonnant le mieux possible, malgré tout, entre gouvernements nationaux et avec la BCE, qui devrait baisser ses taux. En proposant aussi que l'Union européenne agisse pour muscler la croissance. Une chose en effet est de stabiliser le système financier, autre chose est de soutenir la croissance, ce qui s'avère indispensable.

 Je souhaite que l'Europe, avec le relais de la Banque européenne d'investissement (BEI), décide rapidement un plan massif d'investissements utiles : dans les économies d'énergie et les sources nouvelles d'énergie, notamment pour le logement, ce qui soutiendra l'immobilier ; dans les grands équipements de recherche et les technologies nouvelles, ce qui favorisera l'innovation ; dans les transports, au service de l'écodéveloppement. Sans oublier de fixer un cadre précis et transparent à l'intervention des fonds souverains extra-européens : sinon, la faiblesse de nos munitions contrastant avec l'énormité de leurs ressources, ils ramasseront rapidement le meilleur du disponible européen, et bien au-delà. Quels que soient ses manques, il faut miser sur l'Europe. Elle seule est à la mesure de cette crise du système.

 Enfin, il existe une dimension proprement française. Les efforts du gouvernement pour masquer ses responsabilités passées ne trompent que ceux qui veulent l'être. Ce n'est tout de même pas à cause des faillites américaines de septembre que le chômage a bondi en France au mois d'août ! Ce n'est pas non plus à cause de la crise financière que les déficits budgétaires, sociaux et commerciaux français se sont dangereusement creusés depuis plusieurs années, cependant que la compétitivité de nos entreprises reste insuffisante et l'injustice de notre fiscalité choquante.

 Il y aurait une anthologie à établir sur les analyses erronées, promesses fallacieuses et actions injustes menées par ce pouvoir depuis seize mois. Pourtant, pas un mot de regret de sa part ou même simplement le constat des faits. Ce constat, c'est que le président actuel et la plupart des ministres n'ont rien vu venir. Ils ont dilapidé les quelques marges de manoeuvre du budget. Et ils continuent. Ils parlent du réarmement nécessaire de la puissance publique, mais ils veulent maintenant, quoiqu'ils prétendent, ouvrir la voie à une privatisation de La Poste, réduire les moyens des collectivités locales et mettre l'éducation à la diète. Réformer l'Etat, bien sûr !

 Mais quelques décisions courageuses devraient s'imposer au gouvernement français, notamment celles-ci : qu'il suspende la majeure partie du paquet fiscal pour la consacrer moitié à une réduction du déficit, moitié au triangle du futur, éducation - recherche - investissement !

 Qu'il encourage fiscalement les entreprises qui investissent ! Qu'il subordonne les exonérations de cotisations sociales pour les grandes entreprises à la conclusion d'accords salariaux ! Qu'il redonne un peu d'air au logement ainsi qu'aux collectivités locales, responsables de 75 % de l'investissement public. Bref, qu'il arrête la politique du fil de l'eau car elle nous conduit, tempête calmée ou non, vers le destin - que je refuse - d'un pays de deuxième zone, à la créativité amputée et aux salariés précarisés.

 Face à ces trois crises, cumulatives mais distinctes, la France et l'Europe doivent agir ensemble. Elles n'ont pas besoin qu'au sommet de l'Etat on s'agite, de préférence sous le regard des caméras. Elles ont besoin de responsables sérieux, qui diagnostiquent juste et agissent fort.

22 septembre 2008

Dénouer le congrès de Rennes

Le paysage du congrès de Reims se met en place et c'est tant mieux. N'en déplaise aux observateurs qui se complaisent à décrire un PS impuissant, empêtré dans ses querelles intestines, je constate que le débat s'installe sur des bases solides et j'ai la conviction que nous en sortirons la tête haute, en évitant les pièges qui nous étaient tendus.

Premier piège : faire de ce congrès celui de la désignation de notre candidat aux présidentielles. La presse, qui aime toujours les enjeux simple, voulait un match Delanoë / Royal. Celui-ci n'aura pas lieu, car ce n'est pas le moment, et qu'aucun des deux ne parviendra à imposer son leadership. Beaucoup de camarades, parmi leurs partisans, ont d'ailleurs essayé de les décourager de se lancer dans une guerre d'écuries, ne serait-ce que pour préserver leurs chances futures.

Deuxième piège : faire de ce congrès un moment de transition, qui acterait la vacance du pouvoir, après le départ de François Hollande. Je ne crois pas, malgré ses qualités personnelles, que Pierre Moscovici, aurait eu l'autorité pour mettre le PS en ordre de bataille et imposer une ligne unique d'opposition, résolue, face à Sarkozy. Le PS doit être incarné par une voix puissante, face à l'expression du libéralisme le plus primaire et le plus dangereux.

Troisième piège : éviter les questions qui fâchent, pour faire une nouvelle synthèse molle, et prendre le risque de refaire du vieux avec du neuf. Il y a pourtant d'importantes questions à trancher autour de ce congrès, comme nos valeurs, la nature de notre parti et notre ligne politique, plus ou moins ouvertes sur la gauche du PS ou ou centre, avec la stratégie d'alliance qui en découle.

Quatrième piège : faire un congrès nombriliste, en offrant le spectacle de divisions artificielles et de batailles d'appareil, au moment où les français s'inquiètent de la faiblesse de l'opposition syndicale ou politique aux réformes brutales du gouvernement, et à l'absence de réponse à la crise financière majeure qui secoue la planète.

martinebellevilloise.jpgPour toutes ces raisons, l'annonce de Martine Aubry qu'elle sera la première signataire d'une motion est une bonne nouvelle pour l'ensemble du PS. Elle permet d'éviter le face-à-face annoncé des présidentiables et de sortir du "moi je" devenu le poison du PS ces dernières années. Qui peut douter qu'elle aurait une voix forte et respectée, dans le PS, à gauche et face à Sarkozy ? Elle personnifie, par sa région et son action, la question sociale sur laquelle la gauche est tellement attendue. Surtout, elle incarne la nécessité pour les dirigeants du PS à se parler, à retrouver le plaisir du débat, à renouveler les lignes de clivage devenues parfois artificielles. Le PS a besoin de se reconcilier, comme par exemple sur la question européenne. Avoir réussi à rassembler ceux que l'on avait artificiellement opposés au moment du référendum, c'est déjà un acte fondateur, car nous partageons tous la même vision d'une Europe plus sociale. Quel plaisir de se retrouver et de se parler enfin.

Martine Aubry vient de sonner l'heure des retrouvailles au PS. Elle est parvenue à dénouer l'écheveau issu du congrès fratricide de Rennes en 1990. Elle ouvre la voie d'un vrai changement, avec un ancrage solide à gauche et dans le respect de ce qui fait la force du PS. Il faut que chacun s'en inspire, si l'on veut un congrès utile pour les socialistes, pour la gauche et pour le pays.