23 avril 2006

N'ayons pas la berlue

Ouf, la coalition de gauche menée par Romano Prodi a finalement gagné, permettant à l'Italie et à l'Europe de tourner définitivement la page du triste sire Berlusconi. Nous n'aurons plus Berlu, mais n'ayons pas non plus la berlue, car les élections législatives comportent quelques enseignements à méditer collectivement pour la gauche française :

les primaires ne sont pas le sésame : ceux qui prédisaient une victoire écrasante de Romano Prodi grâce à la dynamique supposée de la candidature unique et des primaires se sont trompés. L’« Union de Gauche » a obtenu 49,8 % des suffrages contre 49,7 % pour la « Maison de la Liberté » dirigée par Berlusconi, soit 25 224 voix d’écart sur près de 50 millions d’inscrits et dans un scrutin où la participation a atteint le chiffre record de 83,6 points ! La victoire est totalement méritée, mais courte malheureusement, ce qui prépare des difficultés.

- la clé c'est le rassemblement à gauche : ceux qui prônaient une victoire assurée par l’orientation « centriste, européenne et atlantiste » revendiquée par R. Prodi ont eu tort. C’est le dégel de l’abstention parmi les catégories populaires qui a fait la différence en faveur de la gauche. En témoignent les bons scores de Rifundazione communiste, des Verts et des Laïques : sans eux, Berlusconi aurait conservé le pouvoir cinq ans de plus. Dans le même temps, les Démocrates de gauche (DS) et la Marguerite, partis de centre gauche, enregistrent un tassement de leur score et des pertes régionales importantes (notamment dans le Piémont et le Latium). C’est grâce au rassemblement à gauche sans exclusive et sans préalable que le candidat Prodi l’a emporté, et non grâce à la tonalité blairiste ou sociale-libérale de sa personnalité.
- les limites de la stratégie de l'épouvantail : eux qui annonçaient une victoire mécanique de la gauche par rejet du berlusconisme doivent admettre les limites de cette stratégie de l’épouvantail. Le populisme médiatique, donnée nouvelle mais réelle des démocraties modernes, ne se combat pas avec des polémiques, mais par une opposition frontale à sa politique et l’affirmation d’une alternative anti-libérale à la droite. En l’obligeant à l’attaquer au point de ne plus se concentrer que sur leur affrontement, Berlusconi a empêché Prodi de parler aux Italiens de ce qu’ils attendaient d’une nouvelle majorité.  Débarrasser les Italiens du chef de la droite n’est pas un message suffisant pour susciter l’alternance et l’espérance. Exactement comme le rejet de Chirac n’a pas suffi à nous faire qualifier pour le second tour en 2002. Exactement comme l’anti-sarkozysme ne suffira pas à convaincre le peuple de gauche, puis les Français, de nous choisir en 2007. Les responsables politiques doivent proposer, par la confrontation des projets, un clivage net entre la gauche et la droite.
- les sondages ne font pas l'élection : ceux qui, une fois de plus, ont pensé qu’une élection se joue dans les sondages déchantent face aux résultats des urnes. Donné vainqueur avec six points d’avance quinze jour avant le scrutin, R. Prodi a vu son avance fondre à mesure que l’échéance s’approchait et que sa campagne s’essoufflait. En Espagne avec Aznar, aux Etats-Unis avec Kerry, en France avec le 21 avril ou le référendum, en Italie maintenant, chaque élection le prouve : il faut se méfier de l’effet soporifique des sondages.

Au total, une victoire qu’il faut saluer mais aussi méditer. Je me souviens qu'en novembre Romano Prodi était accueilli en vedette américaine au congrés du PS au Mans, tout auréolé de la dynamique des primaires et de sondages lui donnant 12% d'avance sur Silvio Berlusconi. J'en avais été gêné, parce que Prodi est un démocrate-chrétien avant d'être un homme de gauche, et parce qu'il porte une part de responsabilité dans les dérives de l'Europe, lorsqu'il présidait la commission. Saurons nous entendre les leçons de sa fragile victoire ?

31 mars 2006

Adieu poète

Disparition de Noël Josephe

Je voudrais apporter un témoignage très personnel sur un aspect méconnu de la personnalité de Noël Josephe, figure politique majeure de notre région, qui a trait à son amour de la poésie.

Je l’ai connu quand j’étais sous-préfet, au moment de la mise en place du syndicat mixte pour le schéma directeur de l’aménagement de Béthune. J’avais été séduit par ce grand monsieur éternellement jeune, qui rayonnait d’une flamme très vive. De la politique de la ville, nous en étions arrivés à parler littérature, à travers son implication dans la remarquable Maison de la Poésie Nord-Pas-de-Calais, et de la Pologne, dont est originaire une partie de ma famille. C’est ensuite qu’il m’avait fait découvrir cette grande poétesse qu’était Wislawa Szymborska, dont il avait publié des poèmes avant qu’elle ne reçoive le prix Nobel de littérature en 1996.

En relisant le recueil « Dans le fleuve d’Héraclite » qu’il m’a offert et dédicacé, j’ai été troublé par ce poème, que je voudrais offrir à sa mémoire.

La vieillesse n’est qu’une moralité
à côté de la vie d’un brigand.
Tout le monde est donc jeune
La souffrance (chapitre troisième)
n’offense pas le corps.
La mort vient
quand tu es endormi

Et tu rêveras
qu’il ne faut pas du tout respirer
que le silence sans un souffle
est une musique pas si mauvaise que çà,
tu est petit comme une étincelle
et tu t’éteins en cadence.

La mort n’est que la mort ? Tu avais
plus de douleur tenant une rose à la main
et tu sentais plus d’effroi
voyant son pétale tomber par terre.

Le monde n’est que le monde. Vivre
c’est vivre. Et mourir c’est mourir.
Et tout le reste est comme du Bach
joué un instant
sur une scie.

(traduction Christophe Jezewski)

27 mars 2006

La République pour tous !

Ce samedi 25 mars se tenaient à Bondy la première séance des Etats généraux du projet, consacrée à "La République pour tous, la ville solidaire". J'étais chargé d'organiser, avec Henri Emmanuelli, cette première assemblée générale, et notamment de préparer les orientations de la commission nationale du projet, de rédiger un "livre noir de la politique de la ville" et de présenter les propositions que le PS souhaitait mettre en débat.

 medium_20060326095728_ftpj_8.2.jpg

 Voici quelques extraits de mon propos introductif, qui en présentait les enjeux:

"Les violences sans précédent intervenues durant le mois de novembre ont montré l’ampleur de la crise sociale et urbaine que connaît notre pays, qui sera certainement au cœur du débat démocratique en 2007. Nous devons en tirer trois collectivement trois leçons, trois grandes vérités :

 

Leçon n°1 : les violences urbaines de l’automne ont un sens politique

 

Le PS condamne fermement ces violences, comme toutes les formes de violences, inacceptables, inexcusables.

 

Mais nous sommes obligés de constater qu’elles ont un caractère politique, par l’ampleur des émeutes (300 villes, 10.000 voitures brûlées, 200 millions d'euros de dégâts, 5000 arrestations, dont 50% de mineurs), par le défi lancé au pouvoir (bras de fer avec Sarkozy) et par la symbolique de la dégradation de nombreux bâtiments publics (écoles, gymnases, etc).

 

Les renseignements généraux ont contredit les explications du ministre de l’intérieur, qui y voyait la main de délinquants, comme de ceux comme Finkelkraut qui y voyaient un épisode de la guerre de civilisation, avec une dimension ethnico-religieuse. La vérité est là : il s’agit d’une révolte sociale, sans mots d’ordre, sans leaders, qui repose sur la montée de la précarité et des discriminations dont sont victimes les habitants et les jeunes des quartiers populaires. La mort accidentelle de deux jeunes, sur fond de tensions avec la police et de provocations du ministre de l’intérieur, a déclenché cette « jacquerie », alors que jamais les promesses de la République n’ont paru aussi lointaines et mensongères.

 

Là où la droite ne voit qu’un problème d’ordre public, la gauche y lit une insurrection sociale. Alors que le gouvernement n’y répond que par la peur et l’appel à l’autorité, la gauche entend apporter une réponse sociale.

 

Leçon n°2 : la droite a une responsabilité très lourde dans ces violences et dans la dégradation de la situation des quartiers

 

Les dérapages verbaux d’une partie de la droite (racailles, nettoyage au Karcher, polémique sur le « rap anti-français », dénonciation des youyous pendant les mariages, polygamie, effets bénéfiques de la colonisation, etc.), ne sont pas seulement le signe d’une lepénisation des esprits. Ils témoignent d’un abandon de la doctrine républicaine et du modèle social d’intégration à la française. Laissons faire le marché, appuyons nous sur les communautés, jouons sur les peurs, tel est le nouveau crédo, qui nous promet une ville à l’anglo-saxonne.

 

Les actes sont là pour prouver qu’il ne s’agit pas seulement d’une fièvre pré-électorale : « le livre noir de la politique de la ville », dont j’ai coordonné la rédaction avec la commission nationale de solidarité urbaine, témoigne de l’oubli des habitants, laissés à la violence et à la précarité, du désespoir des jeunes, de l’abandon dramatique des quartiers populaires. Arrêt de la police de proximité, baisse drastique des crédits aux associations, rétrécissement des ZEP, dénaturation de la loi imposant 20% de logements sociaux, tel est le triste bilan. Au total, un « cocktail Borlootov » explosif, avec un écart scandaleux entre annonces ronflantes et réalités trébuchantes.

 

La réponse aux violences de novembre est tout autant scandaleuse, avec l’apprentissage à 14 ans, le travail de nuit des moins de 15 ans, et surtout le CPE, que le ministre de l’emploi destine en priorité aux jeunes des quartiers. A l’heure où les médias parlent des « jeunes de banlieue » qui attaquent et détroussent les cortèges de manifestants, nous sommes là pour rappeler que les jeunes de banlieue refusent comme les autres d’avoir la précarité comme seul horizon, et qu’ils sont dans les cortèges, qu’ils bloquent leurs lycées et leurs facs, il faut le dire et le répéter !

 

3ème leçon : il faudra à l’avenir changer de braquet

 

Nous devons être fiers de ce que nous avons fait : la politique de la ville est à l’origine de nombreuses réussites, et elle a sans doute empêché des explosions sociales majeures. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les violences sont intervenues après 4 ans de libéralisme et de renoncements. Nous devons néanmoins en reconnaître les limites : la politique de la ville n’est pas parvenue à devenir une véritable politique, mobilisant tous les moyens de l’Etat, et elle n’a pas empêché la montée des inégalités.

 

Il nous faudra donc jeter les fondations d’une nouvelle « politique de solidarité urbaine », qui sera en rupture avec la politique de la ville traditionnelle :

 

-         la politique de solidarité urbaine visera à assurer l’égalité des territoires et des habitants, et non pas à donner plus à certains, ou à promouvoir l’équité ou l’égalité des chances ;

-         l’effort à réaliser ne concernera pas seulement les quartiers populaires, mais l’ensemble des villes qui produisent la ségrégation urbaine et sociale. Toute la société doit réagir et mobiliser les moyens nécessaires pour lutter contre les discriminations qui la minent ;

-         l’enjeu est moins le béton que l’humain. La finalité de cette politique sera de donner aux habitants les moyens de vivre normalement, là où ils le souhaitent ;

-         le défi est politique avant d’être technique. Nous ne voulons pas de citoyens de deuxième zone. Les quartiers populaires sont une richesse pour notre pays.

 

Voilà donc le défi que les socialistes devront relever."

 

Continuez le débat sur le forum "solidarité urbaine" de www.rassembler.fr

 

100 ans, 1000 morts

C'est à 6h34 que Michel Bouchez, le maire de Fouquières-les-Lens a donné le signal. Les sirènes lugubres ont retenti dans la ville, en mémoire du terrible accident qui a coûté la vie à 1099 mineurs, dont 250 avaient moins de 14 ans, le 10 mars 1906.

 

 

 

medium_bouchez.jpg
 

A 8h30, de nombreux élus et militants se pressaient devant le monument aux mineurs morts, en présence de François Hollande. L'émotion était intacte, quand Serge Janquin évoquait son père dont le pied fut coupé à 13 ans par un wagonnet. La colère toujours vive, lorsque Jean-Pierre Kucheida racontait les conditions de travail des martyrs de la mine, qui ont pourtant fait la gloire de la France industrielle. Un anniversaire triste, au moment où le gouvernement annonce le retour de l'apprentissage à 14 ans et le travail de nuit des 15 ans, alors qu'en Chine la mine continue de faire des milliers de morts. "C'est la lutte finale", pouvait sonner l'harmonie municipale !

La mémoire de la mine est particulièrement vivace dans le Pas-de-Calais, comme en témoigne la foule qui se masse au mémorial de la catastrophe de Courrières, un peu plus tard dans la matinée. Elle continue de marquer les paysages et les esprits.

medium_mineur.jpg
 Sans doute parce qu'une partie de ma famille habite près de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, et l'autre près d'Arras, j'ai toujours été fasciné par le monde de la mine, dont je collectionne les souvenirs, et que j'ai la chance de cotoyer à présent, à travers les témoignages des élus et des habitants du Pas-de-Calais. Cette culture donne une force particulière au socialisme, difficile à comprendre de l'extérieur. Elle vous marque à jamais
 

 

2 manières de refuser le CPE

 

Le succès des manif contre le CPE, confirme l'inquiétude du pays, jeunes et parents confondus, sur la perspective d'une généralisation de la précarité.

Il nous faut continuer à relayer un message clair. Il y a deux manières de refuser cette nouvelle injustice : faire plier le gouvernement, ou voter à gauche dans un an, le PS s'engageant sans ambiguïté sur l'abrogation du CPE et du CNE.

Je suis heureux de voir le PS combattif au Parlement et dans la rue. Mention spéciale au MJS qui a conforté sa légitimité auprès des jeunes. Il reste néanmoins à mettre de l'ordre dans nos propositions, qui vont dans le bon sens mais nécessitent un arbitrage dans le cadre du projet.

Les jeunes demandent qu'on les respecte et qu'on leur fasse confiance. Quel bel enjeu pour notre projet que de leur donner les moyens de leur émancipation. Je m'emploie à faire des propositions pour les jeunes des quartiers populaires dans le cadre de mon secrétariat national. Plutôt que de brûler des voitures, venez manifester contre le CPE !

 

medium_cpeboulogne.jpg

 

 

Barto au chevet des cités minières

A l’invitation de Michel Dagbert, maire et conseiller général de Barlin, Claude Bartolone, député de la Seine-Saint-Denis et ancien ministre de la ville, a visité la cité minière du 5, en compagnie de Jean-Pierre Kucheida, président de l’association des communes minières.

 

medium_cbjpk2.jpg

Les élus ont pu lui faire part de leurs inquiétudes concernant les crédits GIRZOM pour la réfection des voiries, dont le reliquat n’a toujours versé par le gouvernement, et des attentes de la population concernant le logement. La visite d’une petite école de quartier impliquée dans des actions de la politique de la ville, a montré les enjeux de l’éducation dans notre projet. Le moment fort restera la rencontre au domicile de Roger, 76 ans, descendu à la mine à 14 ans et gravement silicosé, qui a fait part à Claude de son espoir d’un retour de la gauche au pouvoir.

 

Cette visite a été pour moi un grand moment, et elle m'a rappelé le temps où j'étais sous-préfet ville dans le Pas-de-Calais, qui m'avait d'ailleurs amené à travailler avec Joseph Brabant, le prédécesseur de Michel. D'autres souvenirs encore, quand j'avais monté avec Nicolas Bays et le MJS une opération de "testing" avec Claude, alors ministre de la ville, dans une boîte de nuit de Noeux-les-Mines.

 

J'étais également heureux que Michel Dagbert, l'un des élus les plus prometteurs du conseil général, montre que la relève était assurée par une génération dynamique et proche de la population, à qui nous devons apporter tout notre soutien.

 

La journée s’est achevée avec Serge Janquin, notre 1er fédéral, avec Alain Wacheux, Bernard Caillau, Brigitte Bourguignon, Sylvie Delbart, et les militants venus nombreux à la soirée des amis du PS organisée par Philippe Dolliet, le secrétaire de section. Un super discours de Barto, visiblement ému par sa visite, et qui a pu enregistrer des messages et des informations essentielles à notre projet et à ceux qui lui donneront corps, afin de faire passer l'espoir du retour de la gauche, porteuse d'une réelle alternative pour changer vraiment la vie.

 

Il a sali notre Parti

En les traitant de "sous-hommes", Freche n'a pas seulement insulté les Harkis et notre histoire.

Il a sali notre Parti, ses valeurs et ses militants.

Lors de la dernière réunion de la commission citoyenneté que j'anime dans le Pas-de-Calais, les militants présents se sont émus de l'absence de sanction à l'égard de cet homme, coutumier des dérapages douteux, dont le dernier fait d'arme a été d'entonner le "Chant des Africains" dans une enceinte républicaine.

Comment exiger de l'UMP l'exclusion de Christian Vanneste, député du Nord reconnu coupable d'injures homophobes, lui-même d'ailleurs nostalgique de l'épopée coloniale ?

Comment obtenir des jeunes de rejoindre notre Parti, lorsque de tels individus sont présents dans nos rangs, étrangers à nos valeurs et à nos comportements.

Sanctionner ceux qui salissent notre Parti est impératif, exclure ceux qui ne partagent pas nos valeurs humanistes est indispensable. Ne pas le faire serait scandaleux et suicidaire.

medium_freche.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a sali notre Parti et ses militants

Les éléphants se penchent sur les quartiers

J'ai planché ce mercredi 22 février devant la commission nationale du projet, qui réunit chaque semaine les "éléphants" du Parti pour trancher les grandes questions qui seront au coeur de notre projet.

A partir d'une note confidentielle que j'avais rédigée, ainsi que d'une analyse des violences de novembre préparée par Lucille Schmid, responsable nationale auprès de moi, nous avons débattu du devenir de nos quartiers et de nos villes, et des moyens de créer l'électrochoc pour inverser la ghettoïsation de notre société.

Débat passionnant, pour déboucher au final sur quelques orientations, encore secrètes, que nous mettrons en débat public lors d'un rassemblement que j'organiserai le 25 mars en Seine-Saint-Denis avec Henri Emmanuelli (responsable des états généraux du projet) et Pascal Popelin (1er fédéral).

J'ai ainsi eu l'occasion de faire avancer quelques grandes questions sensibles pour le Pas-de-Calais, comme la réduction des inégalités de richesses entre communes, dont les habitants sont victimes sans le savoir. Les communes qui ont le plus de problèmes à gérer sont souvent celles qui ont le moins de moyens, et c'est une injustice dénoncée depuis longtemps par nos élus, comme Jean-Pierre Kucheida, Serge Janquin ou Dominique Dupilet. Je me souviens avoir fait avec d'autres élus une contribution au congrès de Dijon intitulée "Réduire la fracture territoriale", qui garde son actualité.

J'ai convaincu également de faire davantage confiance à la jeunesse de nos quartiers, qui ne demandent qu'à s'en sortir si on leur en donne les moyens, à l'exemple de ce que peut représenter le Louvre II à Lens. Redonner également de la fierté à la classe ouvrière et aux habitants des quartiers populaires, qui ont tant donné à leur pays, et se sentent aujourd'hui déclassés, humiliés, comme des citoyens de seconde zone.

L'espoir viendra de la gauche et du PS, quand la droite ne saura toujours que jouer sur les peurs

Ca avance !

Je n'étais pas à Arras pour accueillir Ségolène

70 journalistes, des centaines de militants curieux, les grands élus présents. Par la grace de Léon Fatous, qui n'aime rien tant que de créer l'évènement, la salle des Faucons rouges à Arras vibrait comme à la grande époque.

L'accueil poli, mais frais, réservé à Ségolène, n'a étonné que ceux qui ne connaissent pas le Parti et la Fédération.

En choisissant de privilégier l'image plutôt que les idées, l'opinion plutôt que le Parti, Ségolène, après d'autres, a pris un gros risque et reçoit là son premier avertissement.

Un avertissement qui vient d'une fédération n'encourant pas le reproche d'être coupée de la population, et qui conçoit son rôle de sélection avec le plus grand sérieux.

J'apprécie Ségolène, et je l'ai déjà accueillie avec plaisir dans le boulonnais. Mais pas plus que d'homme providentiel je n'attend de femme mirage. En démocratie, l'alchimie entre une figure, une idée et un peuple est longue à construire, comme en témoigne le parcours de François Mitterrand.

La sagesse des militants du Pas-de-Calais, qui n'exclut pas l'impatience, a valeur d'avertissement. Qui saura le mieux l'entendre ?

Le Monde

A Arras, Ségolène Royal est malmenée par les cadres du PS

LE MONDE | 11.02.06 | 13h53 • Mis à jour le 11.02.06 | 13h53

Le bel anniversaire de Léon a tourné à l'épreuve pour Ségolène Royal. Invitée, vendredi 10 février, par le militant historique Léon Fatous, ancien collaborateur de Guy Mollet, à fêter à Arras ses 80 ans, la présidente de la région Poitou-Charentes a reçu un accueil plutôt frais de la part des responsables du Pas-de-Calais. Au même moment, à Portes-lès-Valence, dans la Drôme, Lionel Jospin, lui, intensifiait une campagne qui ne dit pas son nom. La compétition s'accélère.

A Arras, en présence de nombreux élus, 500 militants ont dû se serrer dans la salle comble des Faucons rouges, et d'autres se sont vu refuser l'entrée par manque de place. Les femmes étaient aux premiers rangs.

Mais les responsables de la première fédération du PS, avec ses quelque 12 000 adhérents, exaspérés par le nombre de journalistes,dont la télévision allemande, qui se bousculaient, n'ont fait aucun cadeau à Ségolène Royal. "Ce n'est pas en fonction des caméras que nous ferons notre choix, a lancé à la tribune, maussade, Franck Heyde-Betancourt, le secrétaire de la section. Le sujet, c'est tout simplement Léon." Le premier secrétaire de la fédération, Serge Janquin, député du Pas-de-Calais, en a rajouté : "C'est une cérémonie privée ce soir... Il vaudrait mieux travailler au projet, tout effort excessif à l'entraînement peut se payer lourdement..." Le même confiait quelques minutes auparavant à la presse que le Pas-de-Calais avait "choisi François (Hollande) pour le parti, et Jack (Lang) pour l'Elysée". Lui au moins est un député du cru. C'est leur vedette.

Arrivé avec quelques minutes de retard, Daniel Percheron, président de la région Nord - Pas-de-Calais se moque carrément : "Léon et Ségolène s'adressant à la France, il y avait de quoi prendre son temps..." Puis se tournant vers le vieux militant : "On te connaissait un faible pour Ségolène mais de là à abaisser le pont-levis de notre forteresse..." M.Percheron évoque des absents, — comme Jack Lang —, qui lui ont conseillé de ne pas "trop en faire". Et il enchaîne. "Quand on dit la gauche, ici, on sait de quoi on parle."

"VOUS ALLEZ ME PIÉGER"

Ségolène Royal serre les dents et encaisse, réconfortée par Léon Fatous qui s'obstine. En mars 2004, recevant... Lionel Jospin pour ses 60 ans de militantisme, il s'était déjà clairement prononcé en faveur de Mme Royal. "De semaine en semaine, ça se confirme que j'avais raison !", jubile-t-il. Après lui, Ségolène Royal lit un discours dans lequel elle rend hommage aux "mineurs", aux "femmes ouvrières" et dénonce "l'hégémonie du profit vite réalisé". Face à une "droite dépassée par les événements, dangereuse", elle prône une "égalité des possibles", des "garanties économiques et sociales", des "salariés motivés, bien formés et bien payés". Parce que, explique-t-elle, "c'est comme cela que les parents pourront bien élever leurs enfants avec des valeurs et des repères". Elle ne s'écarte pas d'un pouce du programme de base du PS et, à l'heure du pot, se tient à distance des journalistes. "Vous allez me piéger", se crispe-telle.

Dans la cohue autour du buffet, les militants disent "bien aimer" leur invitée et être un peu fâchés de l'accueil qui lui a été fait. "Ils sont tous comme ça, ici, des machos...", soupirent deux femmes. "Moi, ça ne me gênerait pas de voter pour elle", assure un militant de 59 ans. A Arras, démonstration a été faite. Ségolène Royal est bien détestée par les cadres du parti. A la base, elle attire, aussi.

Isabelle Mandraud (Arras, envoyée spéciale)

Article paru dans l'édition du 12.02.06

Morts pour des caricatures

Je suis intervenu lundi 6 février devant le conseil fédéral pour évoquer l'affaire des caricatures du prophète Mahomet parues dans la presse danoise. J'ai témoigné de mon inquiétude face aux réactions suscitées au Proche-Orient, et sur l'émotion de la communauté musulmane de France. Montée de l'extrême droite et du populisme en Europe du Nord, retour du fait religieux et des intégristes de tous poils, les ingrédients sont présents pour le choc des civilisations que certains appellent de leurs voeux. J'ai trouvé la réaction du Président de la République bien timide, voire maladroite quand il a condamné la publication de nouvelles caricatures dans Charlie Hebdo. Où est la voix de la France dans les pays arabes ? Il n'y a plus personne pour expliquer notre conception de la laïcité et de la liberté d'expression. Quand je pense que les Etats-Unis, qui ne savent même pas interdire l'apologie du nazisme au nom de la liberté d'expression, se piquent de donner des leçons de tolérance et de respect !

Le lendemain, rebelote au Bureau national. François Hollande, qui souhaitait en finir vite pour une conférence de presse sur les Etats généraux du projet, n'avait pas prévu une telle tempête. Une dizaine d'interventions, à tonalité nettement laïcarde, de Glavany, Emmanuelli, Malek Boutih. Heureusement que Delanoë a fait part de sa gêne sur l'une des caricatures, celle faisant apparaître le prophète avec un turban en forme de bombe, pour relever son caractère raciste et l'amalgame entre terrorisme et islam. Je n'ai pu m'empêcher d'intervenir pour le soutenir et aider à faire comprendre qu'il n'y a pas que les intégristes qui ont été choqués, et que l'on touchait dans le contexte géopolitique à la dignité de la culture musulmane. Résultat : un communiqué ferme, car la liberté d'expression n'est pas négociable, mais plus équilibré, pour prendre en compte l'émotion légitime dans un contexte de montée de l'intolérance et du racisme.

Tout cela fait froid dans le dos. Déjà 4 morts pour des caricatures...