20 juillet 2006

bon de sortie

medium_lenaJMK.2.jpgCa y est. Depuis le bureau national du 11 juillet je suis le candidat officiel du Parti socialiste pour les législatives dans la 4ème circonscription du Pas-de-Calais.

J'ai réussi à convaincre Jean-Marie Krajewski, vice-président du conseil général, de m'accompagner dans cette aventure, et former ensemble le "ticket gagnant pour l'avenir".

Le défi qui m'a été demandé est celui de toute la puissante fédération du Pas-de-Calais, qui n'a pu renouer avec l'époque glorieuse (78-86) ou Claude Wilquin était le député de cette circonscription.

C'est un honneur d'avoir été choisi par les militants pour porter le drapeau, et une reconnaissance pour moi, qui ait fait très tôt le choix de ne pas faire de la politique à Paris, et alors que mon parcours n'a pas été celui d'un chemin de roses.

Je ressens une envie de gagner dans l'électorat de gauche et un besoin de renouvellement dans la population, après 20 ans de mandat de Léonce Deprez (UMP) qui a passé plus de temps à défendre son casino du Touquet qu'à porter la parole des habitants de ce beau territoire.

J'y consacrerai toute mon énergie. Ce sera difficile, très difficile. Mais nous pouvons gagner, je le sens.

J'aurai besoin de tous mes amis, que j'informerai au jour le jour du développement de la campagne sur www.berck.biz.

 

10 juillet 2006

Zidane et la violence ordinaire sur les stades

medium_FRANCE_ITALIE_23_090706.jpgMais comment notre Zidane a-t-il pu rater ainsi sa sortie, et donner le spectacle de la violence ordinaire et gratuite que l’on cherche à combattre sur les terrains et dans les tribunes ? Nous ne le saurons peut-être jamais vraiment, car Zidane a été élliptique dans ses explications, évoquant notamment des insultes envers sa mère et sa soeur (on voit le genre). Mais il y a peut être autre chose que cette violence verbale inacceptable sur les terrains, et qui a trait à la montée du racisme racisme ordinaire, qui émane parfois de ministres de la République, à l'exemple d'un ancien ministre italien de Berlusconi évoquant la dégénérescence de la France, obligée de faire appel à des noirs et des arabes.

Un quotidien anglais avance en effet une hypothèse qui si elle se confirmait ferait le lien avec ce qui se passe depuis des mois voire des années sur les terrains européens où les joueurs "allogènes" et de " couleur" se font régulièrement insulter, comme c’était encore le cas durant le match France-Espagne... 
 
Selon The Guardian, le litige qui s'est déroulé entre le défenseur italien Marco Materazzi et le capitaine français Zinedine Zidane, qui s'est soldé par un terrible coup de tête asséné et par un carton rouge justifié, se serait déroulé de la sorte:


Suite à une action française infructueuse, et alors que les italiens avaient récupéré le ballon et avaient débuté une contre attaque, seuls quelques joueurs demeuraient dans la surface de réparation italienne, David Trezeguet, Gennaro Gatuso, Zinedine Zidane, Marco Materazzi et le gardien Gianluca Buffon.
Zinedine Zidane était au cours de l'action précédente très strictement surveillé par Marco Materazzi, qui le ceinturait fermement des deux bras, et lui tiraillait le maillot...

Le ballon a été pris par Del Piero, et se trouvait déjà à ce moment au delà du milieu de terrain. Les caméras "live" ont alors complètement déserté la scène où le litige a eu lieu. Mais pas les caméra"off"...

Tout au long de la rencontre, Marco Materazzi, connu pour ses comportements violents sur les stades italiens, a abreuvé le capitaine français de paroles indélicates, voire même injurieuses, que le milieu de terrain français a longtemps supportées sans broncher.

Toutefois, après cette séquence, Zidane a signalé à Materazzi, en lui montrant la manche de son maillot:


- "Ordinanza de tirare il costume!!" (arrete de me tirer le maillot!!)


Déclaration à laquelle réponds Materazzi:


- "Taciti, enculo, hai solamente cio che merite..." (Tais toi enculé, tu  ne reçois que ce que tu mérites...)

- "si e cio..." (oui...c'est ça...)


C'est à ce moment que Zidane s'éloigne quelque peu du défenseur italien, qui poursuit, dans son dos:


- "meritate tutti ciò, voi gli enculato di musulmani, sporchi terroristici" (vous méritez tous ça, vous les enculés de musulmans, sales terroristes)


C'est alors que Zidane, désabusé, fatigué, mentalement fragilisé, assène un coup de tête terrible au torse du défenseur, qui en fait des tonnes...

Le second problème soulevé est la question de la prise de décision des arbitres par visionnage vidéo...Soit la FIFA décide d'arbitrer un match avec les données des arbitres, soit elle décide de promulguer l'assistance vidéo, qui demeure à ce jour interdite. Mais elle a toutefois été appliqué lors de la finale de la coupe du monde. Effectivement, cette énorme bavure du capitaine français n'aurait pas pu passer inaperçue, mais aurait
donc du être jugée et sanctionnée à posteriori...à d'autres.


Ces remarques n’enlèvent aucun mérite à l’équipe italienne, et ne doit pas servir d’excuse au geste de Zinedine Zidane. Si elles se vérifiaient, elles mettraient l’accent sur le racisme ordinaire qui sévit sur certains stades, dans l’indifférence générale. Au moins ce gâchis pourrait-il servir à quelque chose…

14 juin 2006

L'Europe en éclaireur des libertés

medium_Set358_02.jpgAlimenter le débat, frileux en France, sur l’euthanasie, tel était l’objectif de l’audition publique organisée au Parlement européen de Strasbourg, le 13 juin, sur le thème « Mourir dans la dignité ». A l’initiative du Parti socialiste européen, Marie Humbert et le docteur Chaussoy et l'association Faut qu'on s'active ! étaient reçus au Parlement européen pour parler de ce sujet si tabou qu’est l’aide médicalisée à la mort.

Récit. L’audition a été un succès. La presse était au rendez-vous et une vingtaine de députés européens se sont déplacés pour participer au débat. Si les députés socialistes étaient majoritaires, ils n’étaient pas les seuls. Chacun considère qu’il faut mettre son idéologie au vestiaire. Quand on aborde ce sujet, il faut un minimum d’humilité et de compréhension de la souffrance individuelle.

Par ailleurs, il y a trois conséquences heureuses à cette audition publique. En premier lieu, le Parlement européen, à l’initiative des délégations socialistes belge et française, va créer un intergroupe sur les questions d’euthanasie en Europe. C’est d’autant plus intéressant que cela ne relève pas des compétences du Parlement qui se saisit du sujet. De plus, les parlementaires vont apporter leur soutien au docteur Laurence Tramois et à l’infirmière Chantal Chanel, renvoyées en cours d’assises pour avoir assisté médicalement la mort d’un malade souffrant d’un cancer en phase terminale. Une pétition va circuler chez les députés européens pour montrer que ce débat dépasse le seul cadre français, que tous les pays se posent les mêmes questions, certains ayant déjà fait le choix de légiférer.
Enfin, la d'initiative populaire pour une loi Vincent Humbert, déjà signée par 200 000 citoyens, va être étendue en Europe. L’histoire de Vincent a ému l’Europe entière, son livre a été traduit dans une quinzaine de langues. Cette audition a donc donné des résultats inespérés sur le plan citoyen et politique.

Dorénavant, et grâce à une incroyable mobilisation populaire, la "loi Vincent Humbert" est donc devenue un enjeu politique national et européen. Le PS français l'a inscrite dans son projet à ma demande, et le PSE va engager le débat sur le plan européen.

Alors que l'Europe souffre de n'être plus perçue que comme l'antichambre de la mondialisation libérale, c'était l'occasion de montrer qu'elle peut aussi, avec un peu de volonté politique, devenir l'éclaireur de nouvelles libertés pour les citoyens. Et puis, quel pied de nez de voir un pays comme la Belgique donner des leçons à la patrie des droits de l'homme...

07 juin 2006

Fumée blanche ou écran de fumée

Fumée blanche ce matin à 1h35, après une nouvelle séance marathon au bureau national pour finaliser le projet à soumettre aux militants, dans une ambiance assez tendue.

Il faut dire qu'il y avait le feu à la maison, avec les déclarations martiales de Ségolène Royal sur la sécurité et les 35 heures. Il y avait urgence à montrer que la ligne politique du PS se définit encore en son sein, et que chacun a le devoir de défendre la maison commune.

Laurent Fabius a mis le premier les pieds dans le plat en demandant que le projet prenne en compte un certain nombre d'amendements pour ancrer à gauche notre projet et prévenir toute tentation d'alliance contre-nature. Entre autres, il a proposé un amendement dont je ne résiste pas à vous donner lecture de quelques extraits : "Les délinquants doivent être jugés et sanctionnés. Mais la politique mono-repressive de M. Sarkozy a échoué et nous n'en reproduirons pas les solutions. Il ne peut s'agir de vouloir militariser la société. (...) Notre gouvernement s'attaquera aux causes profondes de l'incivilité et de l'insécurité : chômage, échec scolaire, absence de mixité sociale, ghettoïsation urbaine". L'amendement sera adopté à 1h du matin...

Pour obliger chacun à s'engager dans une dynamique collective, il aura fallu également le coup de gueule de Bertrand Delanoë : " Je ne sais pas ce que je fais là. Les propositions qui sont mises en débat dans l'opinion ne figurent pas dans le projet. C'est en contradiction avec notre culture démocratique."

Alors, pendant plus de 9 heures de discussion, le texte préparé par Alain Bergounioux a été poli, corrigé, complété, arbitré, pour arriver à un consensus quasi-général sur la ligne politique, clairement de gauche. Les discussions les plus longues ont porté sur l'économie et l'emploi (chômage, précarité), avec notamment l'enjeu du pouvoir d'achat (le SMIC à 1500 euros), la fiscalité, la politique industrielle et la lutte contre les délocalisations, dans le cadre d'une Europe qui tient compte du refus du libéralisme, ou encore la future sécurité professionnelle à négocier avec les partenaires sociaux.

Je suis intervenu sur les enjeux urbains (logement et urbanisme, éducation, sécurité, solidarité urbaine) afin de fixer la feuille de route politique dans ce domaine (construire la ville solidaire, refuser les ghettos) et de compléter l'arsenal de mesures, que l'on retrouve tout au long du texte. Je ferai prochainement de tout cela un "Livre blanc de la solidarité urbaine" qui sera publié à l'Université d'été de La Rochelle. J'ai eu également le plaisir de voir retenu mon amendement sur la fin de vie, qui ouvre la voie à une "loi Vincent Humbert".

Il est vrai que le résultat ressemble davantage à un programme de mesures qu'à un projet politique pour les 10 ans qui viennent. Mais son orientation engage chacun de nos candidats et doit permettre une dynamique à gauche. Si nous nous battons sur notre terrain, celui de la transformation sociale, et pas celui de l'adversaire, nous avons une chance de gagner.

Alors, c'est fini les sorties en solo ? Rien n'est moins sûr, et chacun pourra valoriser le projet avec sa propre sensibilité, mais à la surprise générale, nous aurons fait la preuve, comme au congrès du Mans, que dans les situations difficiles notre Parti sait se rassembler sur l'essentiel. Ce qui doit intéresser d'abord les socialistes, c'est la ligne politique, pas les écrans de fumée ! Comme quoi, le pire n'est jamais sûr...

 

01 juin 2006

Continuez, vous êtes sur le bon chemin

En matière de lutte contre la violence, nous sommes plus forts que la droite car nous nous attaquons aussi aux causes de la violence et de la délinquance. En ouvrant une école, c'est une prison que l'on ferme disait Victor Hugo. Voulons nous du modèle américain avec ses 10.000 meurtres par an, son million de prisonniers (10% des noirs sont passés par la prison), la brutalité de son système économique, son cycle infernal de la violence extrême ?

Il ne faut pas abdiquer sur nos valeurs. Dans ce monde dominé par la peur, le repli et l'argent, nous avons plus que jamais besoin du socialisme, fait de confiance dans l'avenir, de solidarité et de lutte contre l'inégalité. Il n'y a pas d'ordre sans justice sociale, ni de démocratie sans égalité.

La seule bonne nouvelle de la journée, c'est que le débat d'idées a commencé.

30 mai 2006

Accouchement difficile du projet

Séance exceptionnelle du bureau national ce soir rue de Solférino. Alors que le BN dure habituellement moins de 2 heures, celui-ci était convoqué dès 16h, sans heure de fin. Ordre du jour unique : arbitrages du projet.
La semaine dernière, je m'étais inquiété du manque de "vertèbres" de l'avant-projet. Prenant l'exemple de la solidarité urbaine, j'avais tapé dur : - diagnostic incomplet, qui ne met pas le doigt sur de nouvelles inégalités, telles qu'elles se développent dans nos villes, entre quartiers populaires, centres villes et zones pavilonnaires. La ville, qui accueille désormais 80% de la population, est devenu un lieu d'exclusion, où chacun fuit l'autre, alors qu'elle devrait être un lieu de mixité et d'échanges ; - faute politique, car le document ne ciblait pas assez les villes pauvres et les quartiers populaires, alors que les socialistes rassemblés au Mans au lendemain des émeutes de novembre 2005 en avait fait l'une des priorités de notre projet et une clé de notre avenir. A la suite de cet esclandre, mes amendements du week end ont été presque tous intégrés dans le nouveau texte, y compris ceux auxquels tient la fédération du Pas-de-Calais (comme par exemple la nécessité d'une péréquation financière forte au profit des communes pauvres), sans que j'ai eu besoin d'y revenir au BN.
Dans d'autres domaines, le texte du projet s'est largement enrichi depuis la semaine dernière, grace aux différentes contributions des secrétaires nationaux. Mais je ne peux pas dire que le résultat soit encore satisfaisant. Sans doute parce que la ligne politique qui le sous-tend - celle qui est issue de la motion de synthèse du Mans - est encore un peu floue.
Parmi d'autres sujets, Laurent Fabius est par exemple intervenu sur le titre provisoire (?) du projet : REUSSIR TOUS ENSEMBLE, qui lui semble banal et ne résumant pas l'ambition qu'on attend d'un projet de gauche. Il voudrait y introduire la notion de changement, afin de rompre la malédiction des législatures socialistes interrompues par une alternance (1981-1986 / 1988-1993 / 1997-2002). Tous les grands dirigeants (sauf Ségolène Royal, restée une nouvelle fois silencieuse) se sont exprimés avec la volonté de donner du sens politique à notre projet, en axant les priorités et les clivages selon leurs sensibilités.
La semaine prochaine, nous aurons une autre séance marathon, qui se terminera sans doute tard dans la nuit. D'autres amendements vont compléter le projet d'ici là, et je vais en déposer en matière de sécurité, d'éducation et de santé (droits des malades, soins palliatifs, fin de vie).
Ce soir, j'ai plusieurs craintes :
- j'ai peur du syndrôme 2002, avec un projet-fleuve que personne ne lira, et qui ressemble davantage à un programme pour les législatives qu'à un grand projet pour la France. Nous en sommes à 42 pages, qui dit mieux ? ;
- quel sera le statut d'un document qui n'a pas fait l'objet d'arbitrages politiques lourds ? J'ai peur qu'il n'engage pas en profondeur notre candidat, quel qu'il soit, car tous - sauf François Hollande - se montrent assez critiques en privé, ou en relativisent la portée ;
- comment vont réagir les militants, qui n'ont été associés que d'assez loin à l'exercice, à travers les séances des Etats généraux (auxquels peu ont participé) et les contributions isolées des fédérations ? Serge Janquin, 1er fédéral du Pas-de-Calais, avait essayé de repousser l'adoption du projet à l'Université de La Rochelle, ce qui aurait permis de limiter la danse des éléphant (e) s à laquelle nous allons assister. Il n'a pu qu'obtenir un délai de 15 jours, et les militants voteront le 22 juin.
Je suis confiant dans la vitalité de notre parti, capable de produire de nombreuses propositions intéressantes, même s'il manque encore quelques mesures-phares, emblématiques de notre volonté de changement. Mais j'aurais voulu que le projet s'inscrive davantage dans une logique de rupture, et qu'il inscrive davantage de marqueurs de gauche (même si je savoure par exemple l'objectif du SMIC à 1500 euros, tant moqué lorsqu'il figurait dans la motion 2 du congrès) pour reconquérir l'électorat populaire.
En tout cas, je suis heureux que l'on aborde enfin le débat d'idées. Et puis, après tout, un projet qui chausse large permettra à chacun de l'adapter à son pied. Car François Mitterrand nous a appris qu'une victoire à l'élection présidentielle, c'était la rencontre entre un homme, des idées et un peuple.

16 mai 2006

Après le Kärcher le lance-flammes

Le 11 janvier à 6 heures du matin, un groupe d’incendiaires, sous le regard impassible de quelques gendarmes, met le feu à un camp de nomades à Ensisheim (Alsace), pour « faire le nettoyage » et « brûler des déchets ». Le chef de l’équipée gratte lui-même un allumette, provenant d’une boîte trouvée sur les lieux. 14 caravanes vides, installées sur un terrain communal habituellement réservé aux gens du voyage, partiront en fumée.

Ca aurait pu se passer pendant les années les plus sombres de notre histoire, à l’occasion d’un pogrom contre des gens du voyage.

C’était en 2006. L’un des gendarmes a même raconté dans un mail à ses amis, photo à l’appui : « J’ai aujourd’hui réalisé l’un des fantasmes non sexuels de ma vie : un « Zippo-raid » dans un camp de manouches ! »

Plus encore, l’enquête établira que le chef des incendiaires n’était autre que le maire et conseiller général (UMP) Michel Habig, qui loin de regretter son geste, dira au tribunal : « Sur le fond, il fallait le faire ». Il a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et à 5 000 euros d’amende, contre 4 mois et 1 000 euros requis.

Les jeunes condamnés à de la prison ferme dans le cadre des émeutes de novembre 2005 dans les banlieues apprécieront le traitement dont fait l'objet le maire incendiaire.

Je regrette que les accusations de xénophobie et de racisme n'aient pas été retenues par la justice, et que le maire n'ait pas fait l'objet d'une peine d'inéligibilité. Il nous faut dénoncer bruyamment l'exemple scandaleux donné à nos concitoyens par cet élu indigne de la République, qui sert la soupe à Le Pen comme certains servaient de supplétifs à Vichy.

J'ai honte

15 mai 2006

La vérité au fond du puits

L'affaire Clearstream nous replonge dans le climat nauséabond de la IIIème République, et n'est pas sans rappeler les accusations d'espionnage à l'encontre du capitaine Dreyfus, sur la foi d'un faux en écriture, de la part de l'Etat major militaire français. L'extrême droite, qui a exploité l'affaire Dreyfus pour diffuser le venin antisémite, pourrait bien aujourd'hui utiliser l'affaire Clearstream pour faire tomber la République.

Il est temps que la mascarade cesse et que la vérité soit établie dans les plus brefs délais. Car cette affaire passablement embrouillée, sur fond de guerre entre marchands de canons et de haines recuites à droite, pourrait bien conduire à un désaveu massif de la classe politique républicaine.

A l'évidence, Dominique de Villepin, dont le goût pour les cabinets noirs est connu, a joué avec le feu, en croyant pouvoir provoquer la chute de son meilleur ennemi, avec l'assentiment du chef de l'Etat. Mais à surjouer la victime, tout en prenant des mines d'assassin, Sarkozy pourrait bien être entraîné dans sa chute. A force de crier au complot, d'attiser la haine de l'autre (projet de loi sur l'immigration) et de jouer sur les peurs, il prend le risque de réveiller ce qu'il y a de plus sombre dans la société.

Jacques Chirac porte une lourde responsabilité dans ce désastre. En faisant la politique des 18% d'électeurs de l'UMP, alors qu'il a été élu par 80% des Français, il a fait un véritable coup d'Etat silencieux. 

Il serait naïf de se réjouir de cette crise profonde, en espérant que la gauche en profitera. Au bout de 4 ans d'opposition, le PS n'a toujours pas réussi à convaincre de sa différence.

Nicolas Sarkozy fait le choix délibéré d'amplifier la crise pour que le peuple déboussolé s'en remette à un homme providentiel. Ne faisons pas la même erreur.

Ne laissons pas les médias arbitrer le débat démocratique, en construisant l'élection présidentielle comme une nouvelle Star Academy. La seule manière de rendre durablement l'espoir au peuple de gauche, c'est de montrer qu'il existe une alternative au libéralisme, façon Bush ou façon Blair, et que la démocratie peut encore imposer sa loi au marché.

La vraie réponse à la crise de régime, c'est de réinventer une gauche de combat, et d'insuffler plus de démocratie à une Vème République à bout de souffle. Au travail camarades !

10 mai 2006

Un 10 mai en cache un autre

A LA UNE DE L'ACTU

Désormais chez les socialistes, un dix mai en cachera un autre. Pour la première fois, aujourd’hui 10 mai 2006,  la France entière se souvient de la traite des nègres et son abolition lors d’une journée de commémoration nationale.

Le Collectif « Devoirs de mémoires », animé notamment par Leïla Texier ou Lilian Thuram, estime que ce jour n’est que le début d’un combat, et voudrait que les livres d’histoire et la conscience collective prennent en compte 400 ans d’histoire, trop souvent oubliés ou occultés.

 
Un combat d'arrière-garde me direz-vous ? A voir certaines déclarations de députés UMP (auxquels pour faire bonne mesure s'ajoute un certain G.F. dont le cas sera bientôt examiné par la commission des conflits du PS), qui magnifient l'entreprise coloniale, le sujet est toujours brûlant. J'exècre ces petites manifestations de lâcheté, mâtinées de racisme ordinaire et de petits calculs électoraux. Elles encouragent la montée de l'intolérance, et sont indignes d'élus de la République.
Je pense aux domiens, souvent descendants des esclaves dont la chair a nourri l'ogre colonial, qui ont fait le choix de faire destin commun avec la France. Il était temps ! Décidemment, Dieudonné ne vaut pas Césaire.
Je pense aussi à la situation des étrangers présents sur notre sol, et aux Français issus de l'immigration, dont les parents ont connu le joug colonial, et qui ont cru dans la promesse universelle de la France, parfois portée par de vrais militants de gauche. Il nous faut à présent reconnaître l'apport de cette immigration à la grandeur de la France. Je ne me résoud pas à en faire de nouveaux esclaves des temps modernes, exploités puis rejetés ou enfermés dans des ghettos quand ils ne servent plus.
La reconnaissance de l'esclavagisme et du colonialisme, qui restent largement à pénétrer nos consciences, sont une étape obligée pour faire entrer la France dans l'avenir, pour cesser de vivre dans les remugles d'un passé non assumé. Je crois dans la force de cette Nation dans laquelle, comme le chante Pierre Perret, les couleurs se mélangent.

01 mai 2006

Blanche colombe et vilains messieurs

C'est Françoise Debois, journaliste à Radio France, qui a le mieux résumé le déplacement de Ségolène Royal dans le Pas-de-Calais ce dimanche 30 avril : "Une fois de plus, elle a rejoué magnifiquement son film préféré "Blanche colombe et vilains messieurs".

Vous vous souvenez de ce film avec Brando et Sinatra (la blanche colombe, on a oublié son nom) ? Non ? Je vous comprends, ce n'était pas le meilleur film de Mankiewicz. En tout cas, retenez que les vilains messieurs se font rouler dans la farine par des "dolls" à qui l'on aurait donné le bon dieu sans confession.

Au-delà de ce bon mot, ce qui m'intrigue à la longue dans la popularité de Ségolène Royal, dont tout socialiste devrait en apparence se féliciter, c'est qu'elle repose sur un paradoxe inquiétant, comme le montrent les enquêtes d'opinion. En effet, sa popularité repose sur le discrédit dont fait encore l'objet le PS, malgré 4 ans d'opposition. Comme elle apparaît comme en dehors des joutes internes (elle n'a même pas pris la parole au congrès du Mans) et qu'elle ne participe pas à la vie du Parti, elle échappe aux critiques dont il est l'objet régulièrement. Au dessus de la mêlée ? Pas seulement, car elle contribue à alimenter la critique, en accréditant la thèse du complot machiste, émanant d'une arrière-garde conservatrice. Plus le PS est ringard, plus Ségolène Royal apparaît moderne et nouvelle.

C'est peut-être cela, le secret de son silence persistant sur les idées, alors même que tout le monde la presse de rentrer dans le vif du sujet, de développer ses positions, dont on pressent qu'elles sont différentes d'autres candidats, par exemple sur l'emploi (la référence à Tony Blair), sur les 35 heures, la famille ou l'enseignement par exemple. Pourtant, elle ne semble pas pressée de rentrer dans la confrontation et le débat, et choisit son tempo. Elle a annoncé ce week end que son projet sera socialiste (pas gentil pour le vilain monsieur Jospin), et qu'elle reprendra mot pour mot celui que le Parti prépare et qui sera voté par les militants le 1er juillet. Comment fera-t-elle entendre sa différence alors ? Je ne veux pas croire que ce sera seulement sur son image.

Je suis de ceux qui se sont félicités qu'avec Ségolène Royal l'opinion ait compris que Sarkozy n'était pas imbattable. Je compte sur elle pour montrer à présent que c'est la gauche qui représente l'alternative, et pas seulement une personnalité isolée, atypique, en lutte contre son propre camp. La synthèse du Mans vaut pour chacun d'entre nous, et nous devons défendre becs et ongles notre Parti, que la droite et une partie des médias continuent de traîner dans la boue.

En tout cas, c'est la condition pour que l'embellie dure, et qu'elle profite à nos idées et à notre parti.