02 septembre 2009
La patronne offre un vert !
Jusqu'il y a encore quelques jours, la presse parlait d'un PS moribond, débordé à sa droite et sur sa gauche, ridiculisé par Europe écologie, sans cap ni boussole. Le socialisme tombait aux oubliettes de l'histoire, et Martine Aubry était condamnée à faire du Georges Marchais.
Et puis, vendredi, changement radical de ton dans tous les éditoriaux. Les socialistes sont soudain rassemblés, imaginatifs, offensifs. Ils font assaut de propositions, rivalisent d'idées pour combattre les injustices, surenchérissent sur les enjeux environnementaux. Le pouvoir en est resté muet de surprise
Sur place, c'était un plaisir de voir les journalistes, frustrés de petites phrases, passer la tête dans les ateliers. Manuel Valls, qui avait promis un "festival off" n'a fait qu'un petit tour vendredi soir, sans doute déçu que le PS bougeait encore... Les autres tournaient en rond dans le village devant l'Encan à la recherche de micros. Les terrasses n'offraient pas leur habituel ballet d'éléphants en goguette, et les ateliers de travail étaient bondés. Les T-shirts MJS siglés "je suis candidat...à la rénovation du parti" s'arrachaient. Cela faisait longtemps que je n'avais pas participé à La Rochelle dans un tel climat, sympathique et studieux.
Alors, s'agit-il d'une simple accalmie ? je ne crois pas. Il y aura d'autres épisodes dans la vie tumultueuse d'une formation qui paye le prix de la transparence démocratique. Mais nous avons clairement assisté à un tournant.
Le PS a maintenant une patronne incontestée. En rappelant à tous la discipline collective nécessaire (Valls et Freche en font les frais), en étant garante devant les militants et les sympathisants du processus de rénovation (de C comme cumul à P comme primaire...). Ce faisant, elle redonne au PS l'initiative en matière de modernisation de la vie démocratique. Sa sobriété médiatique, auparavant critiquée, est devenue le signe de sa crédibilité de chef de l'opposition, qui ne se laisse pas ballotter par les gesticulations du pouvoir.
Plus encore, elle a donné le signal de la mise en chantier du projet du PS, par exemple en intégrant au coeur la question du développement durable, souvent traité par le PS (et par les Verts) comme un enjeu thématique, un supplément d'âme (protéger la biodiversité, lutter contre le réchauffement climatique), alors qu'il s'agit du défi central que doit relever notre société. La remarquable tribune publiée par Martine Aubry dans Le Monde, ainsi que son discours d'ouverture, formidablement accueillis, montrent que le socialisme est entré dans un nouvel âge.
L'attente est forte dans le pays. Le pouvoir joue avec l'opposition comme le chat avec la souris, ouvrant ici, moquant là, divisant toujours. Du coup, il peut faire passer un score de 28% aux européennes comme une victoire et un soutien de l'opinion aux réformes. En réalité, la plupart des illusions sur Sarkozy sont tombées, même sur son énergie soigneusement mise en scène, et le pays attend une opposition enfin crédible, à la fois intransigeante et constructive.
Finalement, Martine Aubry a démontré que le combat de 2012 se gagnerait sur les valeurs. La lutte contre les injustices, les inégalités et les périls rendent plus nécessaires que jamais les valeurs collectives que défend la gauche, là où la droite libérale entendra toujours laisser les individus face à leur destin. Ringardisé, pas toujours à tort, le PS vient de faire son retour à la pointe du camp du progrès.
Merci patronne !
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