02 mars 2009

Diafoirus

diafoirus.jpgLa santé publique d'un pays est sans doute le meilleur indicateur de prospérité et de développement de sa population. Les inégalités face à la vie, la maladie, la mort, sont de celles qui doivent nous scandaliser le plus, au-delà même de tout clivage politique

Le développement des inégalités face à la santé depuis quelques années doit nous inquiéter, nous révolter. Comment justifier que l'on meurt 10 ans plus tôt dans le nord de la France ? Comment ne pas faire le lien avec la faiblesse des infrastructures de santé (un seul CHU à Lille pour 4 millions d'habitants !) et la désertification médicale, qu'il s'agisse de généralistes ou de spécialistes. Comment ne pas s'indigner des statistiques montrant que de nombreuses familles renoncent à se soigner, à cause des franchises médicales ou de mauvais remboursements, par exemple en matière de soins dentaires ou occulaires ? Comment ne pas se scandaliser que des foyers soient obligés de choisir entre le médecin et le supermarché ?

La loi Hôpital, patients, santé et territoire, dite loi Bachelot, en cours d'examen à l'Assemblée, est une immense déception. Non contente d'imposer une vision purement comptable de l'hopital public, qui va le mettre en danger et restreindre l'accès aux soins, la loi se refuse à prendre à bras le corps le problème de la désertification médicale, en limitant comme ce serait nécessaire la liberté d'installation des médecins libéraux. Par crainte de prendre à rebrousse poil une profession qu'on lui dit souvent acquise, la droite renonce ainsi à toute ambition sérieuse de renverser la dégradation dramatique de notre système de santé, pourtant cité en exemple il y a quelques années

Bien sûr, il y a dans la loi quelques amuse-gueules, comme les nouvelles agences régionales de la santé censées organiser la permanence des soins, ou les réquisitions que le préfet pourra faire en direction des médecins refusant de prendre un tour de garde. C'est une aimable plaisanterie

Tant qu'un gouvernement ne considérera pas, comme du temps de Martine Aubry, que le rôle de l'Etat est de corriger les inégalités (en dotant de moyens supplémentaires les hôpitaux et les territoires ayant le plus de besoins), et que des médecins payés par la sécurité sociale ne peuvent s'abstraire de tout devoir envers la société, il n'y aura aucun espoir d'enrayer la catastrophe sanitaire

Le système libéral est à bout de souffle, et pourtant la droite en fait son crédo pour réformer la santé publique. C'est un contre-sens historique, qui se traduira par le démantèlement d'une partie de nos infrastructures hospitalières. Le champ sera alors libre pour une exploitation définitivement mercantile du marché de la santé, au risque d'un développement accéléré des inégalités face à la santé.

Cet avis n'est pas seulement celui d'un homme de gauche, et je connais de nombreux médecins ou personnels de santé qui ne se reconnaissent plus dans un système qui valorise l'acte plutôt que le malade, et qui résume la santé publique à un service des urgences débordé et héroïque. Quand la prévention devient un luxe, quand se faire soigner devient un privilège, il est temps de faire de la santé un enjeu majeur du débat politique, et de susciter les mobilisations pour empêcher le désastre annoncé.

On se croirait revenu au temps des Diafoirus dénoncés par Molière, qui se penchent sur notre santé pour mieux la saigner

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