01 septembre 2008
Rentrée des classes, retour des classes
Rien de bien encourageant pour cette rentrée. Après un été maussade, sur le plan de la météo et du porte-monnaie, qui a desespéré les vacanciers et les professionnels du tourisme, peu de bonnes nouvelles pour se redonner du baume au coeur. En tout cas pas cette réunion convoquée par le Premier ministre fin août pour dire que la situation n'était pas si grave et qu'il était urgent d'attendre. Quel culot d'oser dire çà à des familles qui ont du mal à remplir le cartable des enfants, après avoir souvent renoncé aux vacances rêvées, et qui chaque mois font mille sacrifices pour joindre les 2 bouts !
En réalité, les nouvelles sont mauvaises, la France a fait les mauvais choix et les nuages noirs qui s'amoncellent sur l'économie mondiale ne présagent rien de bon. Faiblesse de la demande (le nom savant des économistes pour le pouvoir d'achat), effondrement des exportations avec l'euro cher et la chute des investissements, baisse de la construction et de l'immobilier, fragilité du secteur bancaire, tous les moteurs de l'économie sont au ralenti. Et le gouvernement a épuisé ses marges de manoeuvre, en dilapidant son paquet fiscal pour les plus riches, et en créant chaque mois un nouvel impôt pour remplir les caisses. Chacun sent la responsabilité du pouvoir dans cette situation, qui se traduit par des niveaux d'impopularité toujours aussi grands pour le Président, malgré une situation internationale qui le met en avant.
Pourtant, le retour de nos bambins dans les classes des écoles pourrait bien être aussi le retour dans le débat public des classes sociales. L'illusion du "travailler plus" s'est dissipée, et la politique du gouvernement apparait dans toute sa brutale simplicité. Elle démantèle systématiquement les outils de protection collective (code du travail, services publics, retraite, sécurité sociale...) comme autant de chaînes empêchant les individus de courir plus vite. Ce faisant, elle les abandonne à leur sort. Vous voulez un boulot ? Acceptez la précarité ou l'éloignement. Vous voulez plus d'argent ? Demandez à votre patron des heures sup. Une retraite ou des soins ? Payez-vous une mutuelle. Vous voulez que vos enfants réussissent ? Choisissez les meilleurs établissements et offrez leur des cours de soutien.
Beaucoup commencent à se rendre compte que cette liberté nouvelle n'est en fait accessible qu'à quelques uns, toujours les mêmes. Et l'on redécouvrira bientôt que c'est ensemble qu'il faut défendre des droits, et non pas chacun dans son coin. Et que c'est l'honneur d'une civilisation, et la force d'une économie, de parier sur l'humanité, plutôt que de vouloir retourner à la guerre du feu. La droite s'est appuyée sur la critique - souvent légitime - du marxisme pour nous ressortir toujours ses vieilles recettes et ses mêmes purges sous un autre nom, aujourd'hui "la rupture sarkozyenne". Il est temps de redécouvrir l'esprit de classe, pour que le plus grand nombre s'oppose à une régression sociale brutale, dont seul une minorité profite. Et ce n'est pas le RSA, maigre rustine, d'ailleurs pas sans dangers, qui permettra de colmater les brèches béantes ouvertes dans le contrat social.
J'ai conscience qu'un PS durablement affaibli ne facilite pas cette prise de conscience, et que les syndicats ont du mal à mobiliser. Mais j'ai confiance. Il y a quelques jours, j'étais l'invité du "barbecue de la rose" des jeunes socialistes du Pas-de-Calais, et, croyez-moi, il y dans leurs regards une lueur de farouche détermination. Cette génération nous réserve de bonnes surprises. La classe !
Même La Rochelle, où je me rends chaque année pour plancher à l'Université d'été des socialistes, m'a redonné l'espoir. Contrairement aux observateurs extérieurs, qui ne mettent pas les pieds dans les ateliers et ne s'interessent qu'à ce qui se passe aux terrasses du vieux port, j'ai ressenti chez les militants et de nombreux élus un besoin fort de se retrouver, de dire "nous". Une volonté de regarder de l'avant en oubliant certains clivages du passé, un plaisir à retrouver la discussion sur le fond, une urgence à renconstruire une gauche forte et crédible. Bien sûr, ce n'était pas nécessairement l'état d'esprit général, et il y a fort à faire pour brider les individualismes qui s'expriment dans les "écuries"présidentielles. Mais j'ai l'espoir qu'on y parvienne, et qu'au PS aussi ce soit le retour des classes !
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