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03 juin 2008
Déclaration d'amitié
Alain Bergounioux, secrétaire national aux Etudes, nous a fait l'amitié de répondre à l'invitation des socialistes de Berck et de la circonscription à venir débattre de la nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste, dont il a présidé la commission de rédaction. Ce fut un moment fort, intense et convivial, ce ceux que l'on aimerait partager plus largement, et qui résume davantage la vie du PS que les batailles rangées qui font les gros titres des journaux. Pendant plus de deux heures, nous avons pu échanger avec lui, lui proposer des amendements. Surtout, nous avons réfléchi à notre identité, notre idéologie (ce n'est pas un gros mot), notre positionnement par rapport à nos partis frères en Europe, mais aussi la droite et l'extrême gauche. Une forte délégation du MJS 62, avec notamment Pierre Ferrari et Sofian Gomis, nous a montré l'intérêt que les jeunes portent à l'exercice, qui permet à la fois de redéfinir notre carte d'identité, mais aussi de parler autour de nous de ces valeurs, et d'encourager tous ceux qui s'y reconnaissent de venir nous rejoindre.
Voici un petit resumé des enjeux :
1) La déclaration de principes est un texte important.Elle fixe les bases idéologiques, historiques et même philosophiques de notre parti. Ni texte d'orientation politique (une motion de Congrès) ni relevé de propositions sur tous les sujets (un programme électoral), elle énonce les valeurs qui nous rassemblent. C'est une charte.
Par-delà les époques et les dirigeants, les femmes et les hommes qui se réclament du socialisme sont animés d'un idéal commun (préambule). Socialistes, nous sommes les héritiers de l'humanisme des Lumières et de la Révolution française (18ème siècle), de la critique du capitalisme et du combat pour l'émancipation par l'éducation (19ème siècle), de l'universalisme qui s'oppose au totalitarisme et au colonialisme (20ème siècle).
Pour être vivante, notre déclaration de principes doit s'adapter aux grands mouvements de l'Histoire. Ses précédentes révisions en témoignent : 1905 lors de l'unification des courants socialistes ; 1945 après la Seconde guerre mondiale ; 1969 avec l'après-De Gaulle ; 1990 après dix ans d'expérience du pouvoir. En 2008, il s'agit d'inscrire le socialisme dans les défis de la mondialisation.
2) Au 21ème siècle, le socialisme est plus que jamais d'actualité.
A l'inverse des conservateurs qui se résignent au monde tel qu'il est - ou qui s'en réjouissent -, les socialistes refusent le fatalisme. Nous croyons à la puissance du politique face aux injustices de la nature ou de la société (article 1).
Contre le creusement des inégalités, le PS poursuit le combat de Jaurès pour la République sociale. Nous voulons bâtir une démocratie qui étend les traditionnels droits civils et politiques des citoyens, mais qui leur garantit des droits économiques et sociaux réels. Pour nous, liberté et égalité sont indissociables (article 2), démocratie politique et démocratie sociale sont inséparables (article 5), citoyenneté et esprit critique vont de pair (article 11), droits et devoirs sont une même réalité (article 15), résistance à la marchandisation et soutien à la culture un même combat (article 16).
Face aux obscurantismes et aux intégrismes de toutes sortes, les socialistes croient dans la force de la science, de la technologie, de la culture, de l'éducation. C'est pourquoi nous mesurons le progrès humain à l'aune de l'amélioration effective des conditions de vie, et non des seuls indicateurs quantitatifs de la croissance économique (article 4).
Loin de la vaine croyance des libéraux dans les capacités autorégulatrices du marché, les socialistes croient dans l'intervention de la puissance publique face au marché. Nous sommes partisans d'un Etat présent et moderne, protecteur et redistributeur, entrepreneur aussi en cas de carence de l'initiative privée (article 8). C'est cet Etat régulateur qui, en garantissant l'équilibre entre les territoires et l'intérêt général, permet une décentralisation positive (article 14).
Devant la montée du communautarisme ethnique et du fondamentalisme religieux, les socialistes revendiquent leur attachement à la laïcité et au respect de la liberté de conscience (article 12), ainsi qu'à la lutte contre les discriminations (article 10).
Refusant le repli sur soi et la logique du choc des civilisations, les socialistes demeurent internationalistes. Nous assumons le choix de l'intégration européenne (article 17), oeuvrons au rapprochement des peuples et à la défense des droits de l'homme (article 9), inscrivons notre action dans le cadre des institutions internationales (article 18).
3) Au 21ème siècle, le socialisme doit intégrer une part fondamentale de nouveauté : l'économie sociale et écologique de marché.
Dans la mondialisation, chacun le sait, notre rapport au marché doit être précisé. Mais attention au contresens ! Ce n'est pas la reconnaissance de l'économie de marché qui est inédite pour les socialistes, mais notre volonté explicite de l'orienter dans une perspective sociale et résolument écologique.
En affirmant son attachement à une économie mixte (article 6), combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d'économie sociale, la déclaration de principes traduit notre pratique depuis 25 ans ! Le texte ne fait que reprendre dans les mots en 2008 ce que nous avons collectivement traduit dans les faits depuis 1983, au plan gouvernemental comme à la tête des collectivités territoriales.
En revanche, il est clairement nouveau - même si certains poussent en ce sens depuis longtemps, par exemple Laurent fabius - d'inscrire l'exigence du développement durable au coeur de notre doctrine socialiste et non plus à sa périphérie (article 3). Cette évolution aura un impact majeur quand viendra le temps d'élaborer notre projet et de choisir nos moyens d'action. Une économie sociale et écologique de marché signifie qu'il n'y a pas de croissance durable sans prise en compte de l'emploi, de la protection sociale ou de l'écosystème (article 7). Inversement, compte tenu des coûts à supporter, aucun progrès social ni aucune amélioration environnementale durable ne seront possibles sans une croissance économique soutenue. Les pays européens les plus prospères - en Europe du Nord, notamment - ne sont-ils pas aussi les plus écologiques et ceux où la justice sociale est la plus forte ?
Cette approche conjugue toute la gamme de l’action politique - innovation, production, régulation, protections. C'est pourquoi elle peut permettre à la France et à l’Europe de retrouver le chemin de la croissance, de la justice et de l’influence. "L'économie sociale et écologique de marché" n'est pas un slogan, mais une vision de la société et de l'humanité : elle peut être le socle d’une alternative au simplisme dangereux du laisser-faire, peut rassembler la gauche (article 21) et bien au-delà en faisant prévaloir l'intérêt général sur la somme des intérêts particuliers ou privés (article 19).
4) La déclaration de principes doit précéder le débat et non le clôturer ou l'empêcher.
Ce texte est le rappel de nos valeurs pour le 21ème siècle. C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. Au moins trois enjeux ne sont pas abordés qui devront l'être lors de notre Congrès à l'automne.
- Le PS est-il un parti de transformation en profondeur du monde capitaliste ou voulons-nous seulement le réformer à sa marge ? Le concept de "réformisme de transformation sociale radicale" est trop flou pour être retenu.
- Le PS confirme-t-il sa stratégie sociale et électorale du rassemblement de la gauche élargi à d'autres forces ou, au contraire, lui substitue-t-on une autre démarche, privilégiant le centre et le centre droit ? Dans un cas, on peut gagner les élections (mars 2008), dans l'autre cas, on les perd (2007).
- Le PS reste-t-il attaché à l'exigence d'une Europe ouverte, mais sociale ou se résigne-t-il à l'Europe libérale et offerte à tous les vents du dumping et du laisser-faire ? Dans la perspective des élections européennes de 2009 et des échéances de 2012, nous devrons dire aux Français quelle Europe, donc quelle France, nous voulons construire.
13:25 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
Encore bravo pour cette réunion très interessante, Alain Bergounioux nous a très bien expliqué la déclaration de principe; le débat était riche et constructif!
enfin les valeurs reviennent au coeur du débat cela change de la guerre des égos!
nous sommes socialistes et fièrs de l'être, continuons à faire barrage à la politique gouvernementale!
Ecrit par : emilie mjs62 | 03 juin 2008
Merci Vincent pour cette réunion constructive, ce type de rassemblement permet de fédérer les socialistes et nous fait oublier les querelles intestines qui minent le parti...
A renouveler sans modération......
Amitiés, Pascale
Ecrit par : Pascale | 03 juin 2008
si ce n'est que les élections de mars 2008 étaient des élections locales, rien à voir avec celles de 2007, où la défaite ne provient en rien d'une quelconque démarche vers le "centre" et le "centre droit"... au contraire, cette démarche que vous évoquez, en gros l'alliance avec Bayrou, si elle avait réellement eu lieu en 2007, aurait permis à la candidate socialiste d'être élue! alors quela première démarche dont vous parlez, celle de l'alliance avec le parti communiste et l'extreme gauche, ne semble pas autant porteuse d'avenir pour le ps, à en croire la non volonté de ces derniers à participer au pouvoir, et la diminution significative et progressive, au niveau national, du parti communiste.. seule l'alliance de ceux qui veulent rénover et agir pour le progrès dans un monde dominé par l'économie et mondialisé peut gagner, pas celle qui consiste à simplement contester ce monde.
Ecrit par : Marc | 05 juin 2008
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