21 février 2008

maires racailles des ghettos de riches

La Fondation Abbé Pierre vient d’établir son « tableau du déshonneur » des villes qui refusent de construire du logement social sur leur territoire. Mais il y a encore plus grave : certaines le revendiquent. Il est temps de réagir, 25 ans après le rapport de Gilbert Bonnemaison, récemment décédé, qui préconisait déjà cette solidarité urbaine.

On connaît la spirale qui enferme le présent et l’avenir de millions d’habitants des quartiers populaires, comme « assignés à résidence » dans un environnement dégradé et un quotidien de chômage et de violence. Ces quartiers sont devenus le miroir de toutes les inégalités, de toutes les injustices, de toutes les discriminations, entourés de barbelés virtuels qui ne sont pas sans évoquer une forme d’apartheid social. Même affaiblie par la droite, la politique de la ville, inventée par la gauche, a longtemps évité le pire. Mais les émeutes urbaines de l’automne 2005 montrent que beaucoup de quartiers sont devenus de véritables poudrières, et ceux qui le peuvent prennent la fuite. Le mini-plan banlieues Boutin/Amara présenté par le Président de la République n’y changera rien, faute de volonté et de moyens.

On s’inquiète moins de l’autre versant des stratégies d’évitement à l’œuvre dans notre société, qui se traduisent par l’apparition ou le développement de ghettos pour riches, sur fond de montée sans précédent des prix du marché de l’immobilier. On n’a jamais autant construit de logements neufs depuis les trente glorieuses, mais jamais aussi peu de logements sociaux. Pendant que poussent les résidences de luxe ultra-sécurisées et les zones pavillonnaires dans les champs de betteraves, la misère se concentre dans certains quartiers HLM en voie de ghettoïsation. Encore quelques années à ce rythme, et la mixité sociale et urbaine ne sera plus qu’un mythe, un lointain souvenir d’une époque révolue où la ville intégrait. Le gouvernement qui encourage cette évolution, et les municipalités qui refusent le logement social, pourtant accessible à 70% des revenus, portent une lourde responsabilité.

La Fondation Abbé Pierre vient d’établir un palmarès des villes qui n’atteignent pas encore 20% de logement social, en pointant les communes les plus récalcitrantes (Saint-Maur-de-Fossés, Neuilly-sur-Seine, Hyères, Toulon, Nice), toujours de droite, et en mettant à l’honneur celles – moins nombreuses nombreuses- qui font de réels efforts (Dijon, Versailles, Paris). La Fondation dénonce au passage la complicité des préfets dans cette situation, qui n'ont pas établi partout les constats de carence que la loi leur impose. Il faut dire que Nicolas Sarkozy et Christine Boutin, parmi d’autres, avaient voté contre la loi SRU  le 21 mars 2000, et qu’il ne faut pas attendre de leur part un zèle particulier pour la faire respecter. L’initiative de la Fondation Abbé Pierre a le mérite de mettre cette question essentielle au cœur des municipales.

Que faut-il faire quand des maires sortants revendiquent dans leur bilan le refus de la loi SRU, et que des candidats veulent se faire élire en promettant de ne pas l’appliquer, et en se vantant la cas échéant de payer les pénalités prévues par la loi ? Eric Raoult, ancien ministre de la ville ( !) député-maire du Raincy, en Seine-Saint-Denis (4% de logements sociaux), a même lancé un lobby des villes « moins 20% » pour réviser la loi SRU et défendre l’indéfendable, avec d’autres personnalités comme l’ancien secrétaire d’Etat Henri Plagnol, conseiller général de Saint-Maur-des Fossés (5,5% de logements sociaux), qui n’hésite pas à dénoncer sur son blog la « propagande de gauche qui fait  culpabiliser quand nous avons la chance d’habiter dans une commune épargnée par les désastres nés des barres HLM ». D’autres maires, comme à Hyères, Toulon ou Nice, se vantent de payer les amendes prévues par la loi pour préserver leur ville de la mixité sociale.

Certains candidats, qui en tant que parlementaires ont voté contre la loi SRU (Françoise de Panafieu, Dominique Perben, Pierre Albertini,…), préfèrent louvoyer : à Paris, la candidate de l’UMP laisse ainsi entendre qu’il y aura plus de vente de logements sociaux que de constructions si elle est élue à Paris, alors que la ville n’atteint pas encore les 20%, malgré les efforts méritoires de Bertrand Delanoë. Mais le résultat est le même : un programme municipal qui s’affranchit du respect de la loi doit être dénoncé vigoureusement.

be542df6539593109aeb0ca6d6c8312c.jpgIl est temps de considérer les élus qui refusent d’appliquer la loi comme de véritables délinquants, des maires voyous, qui doivent se voir appliquer la tolérance zéro. Ils sont la « racaille » de la République, responsables de la montée de la violence comme de vulgaires incendiaires. Et si l’égoïsme et le manque de courage ne sont pas sanctionnés dans les urnes, il faut que la loi les rende inéligibles, et que la République les mette au ban, en refusant toute aide pour un projet public. C’est ainsi par exemple que la couverture envisagée de l’avenue Charles-de-Gaulle à Neuilly-sur-Seine, ne devrait faire l’objet d’aucun financement public tant que la ville ne s’engage pas à rattraper son retard en matière de logement social.

Chacun doit avoir la conviction que l’avenir de nos villes – l’un des principaux défis de notre société et de notre démocratie – se joue autant au milieu des tours et des barres que derrière les belles façades des centres historiques, ou dans le confort des villas des quartiers résidentiels, dans les égoïsmes des communes qui refusent leur devoir républicain. Chacun d’entre nous a sa part de responsabilité, et détient une partie de la solution à la ghettoïsation rampante de nos villes. La construction de logements sociaux adaptés et éparpillés dans les 750 villes qui en manquent permettra de régler la question des 750 quartiers populaires qui souffrent, et de donner un contenu au "droit opposable au logement". Mais il faut faire vite.

Puisque l’Etat ne joue plus son rôle, il faudra attendre le retour de la gauche pour que voie le jour une véritable solidarité urbaine, et que les maires voyous sortent de l’impunité. En attendant, les électeurs ont l’occasion de sanctionner dans les urnes les apprentis sorciers de la ségrégation urbaine, et de choisir des élus partisans du vivre ensemble plutôt que de la coexistence conflictuelle dans nos villes

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