06 décembre 2007
antisémitisme et islamophobie
Peut-être ces propos du Président en Algérie vous ont-ils échappé : « Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. (…) Il n'y a rien de plus semblable à un antisémite qu'un islamophobe. » ?
En dehors de quelques réactions isolées, dont celles de Razzye Hammadi, Jean Glavany, Henri Emmanuelli et Malek Boutih dans le secret (relatif) du bureau national du PS, la classe politique n'a pas beaucoup réagi à ce qui me paraît une atteinte grave à la laïcité, porteuse de dérives lourdes tant pour l'ordre international que pour notre modèle républicain.
En effet, le terme d'islamophobie n'est pas une forme de racisme comme l'antisémitisme, et ce sont les islamistes qui se servent de ce terme, pour interdire toute critique des dogmes et idéologies propagées au nom de l'islam. En l'utilisant une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy fait un amalgame douteux entre "arabe" et "musulman".
Le terme d'arabe dans la bouche de Sarkozy prête déjà à confusion, et l'on peut se demander ce qu 'il englobe exactement. Mais la confusion entre arabe et musulman est encore plus grave, comme si tout arabe était musulman, comme s'il s'agissait d'un déterminant évident et premier.
Les propos de Sarkozy seront certainement très apprécié au sein de l'Organisation de la Conférence Islamique, dont l'Algérie est membre. Reconnaitre l'islamophobie au plus haut sommet de l'Etat ne peut qu'encourager l'organisation islamiste à poursuivre son combat à l'ONU pour imposer l'interdiction du blasphème.
Derrière ces confusions sémantiques on retrouve la conviction maintes fois exprimée par Sarkozy que la communauté religieuse doit jouer un rôle plus important pour réguler les rapports sociaux, et servir d'interface entre l'Etat et les individus. Cette conception, étrangère à la tradition laïque et républicaine, doit nous faire réagir, en tant que socialistes attachés à l'émancipation individuelle.
Moi je prône le respect de toutes les identités sociales et culturelles, je respecte la pratique religieuse dans la sphère privée, mais je dénie à la communauté le pouvoir d'enfermer les individus dans une identité collective. Je refuse en tout cas cette régression terrible qui voudrait que l'on se reconnaisse d'abord par son identité religieuse réelle ou supposée, ou encore par sa communauté d'origine.
Il faut être d'une vigilance extrême sur ces attaques plus organisées qu'il n'y parait contre la laïcité et les droits individuels. Sarkozy ne disait-il pas qu'il préfèrait voir les gamins prier dans les mosquées que brûler des voitures ? Qu'il voulait encourager l'enseignement privé confessionnel dans les banlieues ?
Que nous resterait-il pour dénoncer l'extrême droite nationale dont les tristes nazillons comme Bernard Anthony se battent contre le "racisme antichrétien" ?
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