05 novembre 2007
Gagner plus
Oui, il faut parler de l'augmentation de salaire de 140% que s'est octroyé le président Sarkozy.
Personne n'est dupe de l'argument de la transparence, selon lequel ce sera dorénavant le Parlement qui fixera la rémunération du Président, et que la Cour des comptes sera désormais chargée de contrôler les dépenses du Président, jusque là traitées comme la "liste civile" d'un roi. Il est souhaitable que dans une nation démocratique il n'y ait aucune zone d'ombre sur l'emploi des deniers publics, et c'est sans doute la dernière étape, après la disparition des fonds secrets des cabinets ministériels, voulue par Lionel Jospin.
Beaucoup de commentateurs ont dénoncé la maladresse de l'annonce et le choix du moment, alors que les français voient leur pouvoir d'achat grignoté chaque jour par la stagnation des salaires et la hausse des prix de première nécessité. C'est évidemment choquant de voir le président plus que doubler son salaire, alors que le SMIC n'augmente pas, et que chacun est appelé à se serrer la ceinture. C'et d'autant plus mal vécu que Sarkozy s'est fait élire sur le slogan "travailler plus pour gagner plus", et qu'il être le seul bénéficiaire de cette promesse de campagne. Quel mépris !
Mais je crois que c'est encore plus grave, et j'ai la certitude qu'il ne s'agit pas d'une erreur de communication. Pour moi, cette annonce est à placer dans la foulée de la soirée du Fouquet's et du voyage sur le yacht de Bolloré. Avec la morgue des puissants, comme a su le faire Berlusconi en son temps, Sarkozy veut faire comprendre au petit peuple que chacun doit rester à sa place, qu'il n'y a rien d'anormal à ce que les riches soient riches et le fassent savoir. C'est çà la droite décomplexée : habituer les français à tolérer les écarts de revenus et de position, les débarasser de leur mauvaise habitude (socialisante) de voir l'injustice partout.
C'est précisément pour cela qu'il faut en parler, non pas pour dénoncer le fait que le salaire du Président soit aligné sur celui du Premier ministre, mais pour dénoncer ce mépris et ce calcul cynique. L'indignation est une vertu citoyenne et une nécessité démocratique.
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