11 octobre 2007

Sicko : le cauchemar américain

10d2ec686399c9c24099a1dddc8f54d5.jpgC'est outrancier, provocateur, facile. C'est du Michael Moore. Mais c'est redoutablement efficace

Je veux parler de son dernier film, Sicko, qui décortique le système de santé américain, dont on sait qu'il laisse sans assurance 50 millions de pauvres. En introduction, on voit ainsi le témoignage d'un américain sans assurance, qui venait de se couper 2 doigts avec une scie, et n'a pas eu les moyens de se faire recoudre son majeur (60.000 dollars) et a du se contenter de son annulaire (pour "seulement 12.000 dollars).

Par contre, on ignore parfois les travers pour ceux (250 millions) qui ont la "chance" de pouvoir bénéficier d'une assurance, évidemment privée (au moins 5.000 dollars par an, parfois remboursés pour les cadres dans les grandes entreprises). Et c'est là que le film de Michael Moore devient très cruel

Avant tout acte médical ou para médical, comme prendre une ambulance, arriver dans un service d'urgence, passer des examens, les assurés doivent obtenir l'aval de leur assurance privée, qui n'hésite pas à refuser des actes de base qui peuvent parfois sauver la vie. On voit ainsi une maman qui a perdu sa petite fille fiévreuse parce qu'elle a du la transférer dans un autre hopital agréé par son assurance privée. On entend une jeune femme qui a perdu son mari d'un cancer alors qu'un traitement refusé par l'assurance aurait pu le sauver.

Une ancienne "directrice médicale" d'une société d'assurance témoigne de l'aberration d'un système qui récompense les médecins "maison" qui refusent le plus de traitements, et permettent ainsi à l'entreprise d'économiser des remboursements, et distribuer de juteux dividendes à leurs actionnaires. On y voit les Républicains (dont les campagnes électorales sont largement financées par ces assurances) agiter le spectre d'une "médecine socialiste" pour mieux repousser les tentatives (dont celle d'Hillary Clinton) d'instaurer une assurance maladie universelle.

Evidemment, un tel système exclut toute prévention, empêche les patients de consulter à temps, et les américains ont parmi les plus mauvais indicateurs de santé, proches de certains pays du tiers monde.

Michael Moore pousse un peu loin la démonstration, en magnifiant les systèmes canadien, anglais ou français, ou encore en menant une expédition avec des exclus du système de santé à Cuba, où les soins sont gratuits et de qualité. Il n'empêche que sa démonstration fait froid dans le dos, quand on parle de franchises médicales en France ou de prise en charge par les assurances privées du risque de dépendance.

La santé doit redevenir un combat politique, à mesure que la droite accélère la privatisation du système et culpabilise les patients. Les inégalités face à la maladie et la mort ne sont elles pas celles qui doivent le plus interpeller les consciences de gauche, et motiver de nouvelles conquêtes sociales ? Peut-on tolérer longtemps par exemple que les habitants de la région Nord-Pas-de-Calais aient une espérance de vie plus faible (jusqu'à 10ans) que dans d'autres régions, tandis que les moyens alloués à la santé publique y sont dramatiquement faible (un seul CHU pour 4 millions d'habitants par exemple) ?

Allez voir Sicko, pour comprendre le cauchemar que vivent de nombreux américains, dans le pays le plus riche de la planète, et lancer en France le grand combat pour sauver et redonner du sens à notre système de santé, torpillé à dessein par la droite libérale. La sant doit elle devenir un luxe ou un droit ? Mon choix est fait.

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