27 septembre 2007

Euthanasie : le faux débat

Euthanasie, le faux débat, par Vincent Léna
Tribune parue dans LE MONDE du 27.09.07

e suicide assisté de Maïa Simon en Suisse focalise à nouveau l'attention de l'opinion sur les insuffisances de la loi française concernant la fin de vie. Depuis l'affaire Humbert se succèdent tribunes péremptoires et débats enflammés sur l'euthanasie, auxquels j'ai parfois contribué, sans réelles avancées. Philosophes, médecins, avocats, politiques et théologiens se relaient, multipliant les indignations sélectives et les effets de manches. Les uns convoquent Moïse et Hippocrate, tandis que les autres en appellent à Hume et au chevalier de la Barre.

 

Les premiers s'inquiètent que l'on puisse accorder aux médecins un permis de tuer, tandis que les seconds parlent de "peine de vie" infligée à certains malades. Les uns reprochent aux autres de faire le lit d'une société eugéniste (l'Etat nazi), tandis que les autres accusent les uns de faire de nos hôpitaux des lits de torture. Partisans de la vie contre tenants du suicide assisté. Tous dénoncent une vaste manipulation de l'opinion, à coups de paternalisme médical ou de vaticanneries, ou à l'inverse avec sondages biaisés et surmédiatisation de faits divers. Il est temps de sortir de cette opposition stérile, qui sert les seuls partisans du statu quo ou de la régression. Ce débat est fondamental, sans doute passionnant, mais il exaspère ceux qui sont confrontés au problème de la fin de vie et attendent que l'on sorte de l'hypocrisie. Evacuons donc les fantasmes et revenons aux faits.

Les progrès de la médecine permettent de maintenir artificiellement la vie, dans la quasi-totalité des cas, d'autant que la majorité des décès se fait aujourd'hui en milieu médicalisé. L'activisme médical mène parfois à de véritables catastrophes humaines, comme si l'enfer était pavé des meilleures intentions. Tracer les limites entre soins proportionnés et acharnement thérapeutique, interdit par le code de déontologie médical, est devenu un exercice délicat. A l'inverse, il est encore plus difficile de faire la différence entre "laisser mourir" ou "faire mourir". Quand un médecin "débranche" par exemple un respirateur artificiel ou une sonde gastrique, ou qu'il force les doses de morphine, comme la loi l'y autorise, on ne parle que de "laisser mourir" alors qu'il s'agit bel et bien d'un acte abrégeant délibérément une vie que l'on aurait pu encore prolonger. Est-ce moins humain d'aider un patient condamné à partir un peu plus tôt à sa demande et sans souffrance, ou de fermer la porte sur un malade que l'on laisse étouffer ou mourir de faim ou de soif, contre sa volonté et sous le regard de sa famille ?

Ces différentes notions n'ont souvent que peu de sens pour la majorité des médecins, confrontés à la fin de vie, et qui font de leur mieux pour atténuer les souffrances et écouter leurs malades, avec le personnel et les bénévoles. L'euthanasie clandestine existe, bien entendu, chaque observateur de bonne foi pourra le reconnaître, mais les médecins ont désormais peur de la pratiquer. C'est l'un des effets inattendus de la loi Léonetti sur le "laisser mourir", avec la première condamnation de l'histoire d'un médecin devant les assises de la Dordogne, à la demande du parquet. Le médecin avait abrégé de quelques heures les souffrances intolérables d'une patiente en fin de vie, selon les voeux de cette dernière.

Je suggère donc de sortir des positions tribuniciennes, d'arrêter l'hypocrisie générale, et de s'attarder sur la souffrance des malades et de leurs familles, qui sont aujourd'hui parfois sans solution. C'est pourquoi l'association citoyenne Faut qu'on s'active ! défend avec Marie Humbert l'idée d'une loi Vincent Humbert dépénalisant "l'exception d'euthanasie", pour développer à la fois les soins palliatifs, sous-dotés en France, et permettre dans certains cas limités et à la demande du patient d'abréger des souffrances irréfragables dans le respect de la volonté du patient. Cette proposition, qui reçoit un écho considérable dans la population, aurait l'avantage pour les uns de ne pas légaliser l'euthanasie, encore moins le suicide assisté, et pour les autres d'ouvrir un chemin étroit et balisé vers la liberté.

D'autres pays ont ouvert ce chemin, plus ou moins largement, par la loi ou la jurisprudence, en toute transparence. D'autres suivront, dont la France, au nom du bon sens et de l'urgence qui doivent prévaloir quand la souffrance et la vie sont en jeu, lorsque les politiques auront trouvé le courage de légiférer. Nous regretterons alors ce temps perdu en vains débats, tandis que d'autres Vincent Humbert souffrent dans l'indifférence.

Commentaires

je souhaite être informé sur l'évolution du débat.
Merci

Ecrit par : René BOUGUES | 01 octobre 2007

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