07 septembre 2007

Tolérance zéro contre la glandouille gouvernementale

« Tolérance zéro contre la glandouille de la jeunesse ». C’est l’objectif que s’est fixé Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la ville, pour son futur « plan banlieue », dont elle a levé un coin de voile au conseil des ministres de Strasbourg. Parmi d’autres mesures, on y apprend qu’elle entend régler le problème des quartiers en « coachant » les jeunes qui veulent s’en sortir, en favorisant l’accès à internet dans les quartiers, en instaurant une « journée d’éducation au respect » et en créant une « légion d’honneur des quartiers ».

0579f8f74b9b91e2b2c52810e575851f.jpgOn croit rêver. Il n’est pas question ici de contester la compétence de Fadela Amara, qui s’est illustrée dans un beau combat associatif avec son association « Ni Putes Ni Soumises ». Ni même son choix politique de rejoindre un gouvernement ne correspondant pas à ses idées, à l’image de sa ministre de tutelle, l’intégriste catholique Christine Boutin. C’est son affaire.

L’avenir des quartiers populaires est une des questions majeures qui se posent à notre société. La ghettoïsation de nos villes est le nouveau visage des inégalités et la source de l’ultra-violence qui nous gagne. S’occuper de la « politique de la ville » est donc une lourde responsabilité, même pour un secrétaire d’Etat, dans un gouvernement pour qui ce n’est pas une priorité. Son rôle est d’abord politique, pour témoigner de l’importance de cette question, représenter les 6 millions d’habitants directement concernés, obtenir des arbitrages politiques et budgétaires, peser sur les grandes politiques ministérielles, susciter l’espoir.

Curieusement, et alors même qu’elle dispose de nombreux relais médiatiques et d’une indulgence générale, Fadela Amara est restée silencieuse depuis sa nomination. Pas un mot sur les grands choix gouvernementaux, l’abandon de la police de proximité, les conséquences de la franchise médicale pour les plus démunis, la montée préoccupante de la violence et des rixes entre bandes, la suppression de la carte scolaire et les réductions d’effectif dans l’Education nationale, la réforme du code du travail, les peines-plancher, les expulsions de sans-papiers, etc. Ce serait facile d’ironiser sur son activité principale, qui semble être de répondre à son blog, largement censuré pour éviter les critiques, et qui rassemble une gentille communauté d’internautes qui trouvent vraiment que Fadela est super sympa pour une ministre.

Moi çà ne me fait pas rire. Jamais la politique de la ville n’était tombée aussi bas. Le précédent gouvernement l’a totalement démantelée, à l’exception de l’autocratique Agence nationale de rénovation urbaine, qui conserve les crédits destinés à démolir les barres et les tours, sans reconstruire autant de logements pour les familles concernées. Je me refuse à croire que la nomination symbolique d’une militante issue des quartiers n’était qu’un coup de com’, destiné à cautionner l’abandon définitif de l’objectif de mixité sociale dans notre pays.

Les acteurs de la politique de la ville attendent avec impatience les premières annonces du « plan Marshall pour la banlieue », sans cesse repoussé. Dans un esprit républicain, et parce que la situation est grave, il faut souhaiter que Fadela Amara obtienne autre chose que des mesures symboliques et dérisoires, au regard de l’enjeu. Chacun pourra juger sur pièce, car dorénavant, ce sera « tolérance zéro contre la glandouille gouvernementale ».

Commentaires

Je suis effaré par le langage de madame la ministre. Comme s'il fallait adopter un prétendu langage banlieue quand on parle de la banlieue ! C'est grave, parce que cela montre que l'on ne croit plus en un langage commun. Outre le fait que c'est un prolongement des propos de Sarko sur "la racaille", justifiées parce que ce serait le langage qu'"ils" comprennent.
Et puis qu'y a-t-il de neuf dans ce "plan". Des généralités, rien de précis à part la proposition d'une "journée du respect". On croit rêver. C'est à pleurer.

Ecrit par : palhaud | 09 septembre 2007

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