04 février 2010

Le roi est nu

L'affaire Clearstream nous aura au moins appris deux ou trois petites choses sur les arrières-cuisines de la République et l'état de la droite

Sur l'affaire elle-même, il est difficile de s'y retrouver, tant est épais et nauséabond le fumet qui émane des arrières-cuisines de l'Elysée. On sait que de Villepin avait mis en place un "cabinet noir", dénoncé par Lionel Jospin, pour accumuler des données personnelles sur les opposants. On sait aussi la culture barbousarde d'une partie des réseaux affairistes qui tournent autour du pouvoir, de Foccart à Pasqua en passant par Dassaut, comme l'affaire des frégates taïwanaises nous l'a encore montré. C'est d'autant plus grave que les grands groupes industriels de l'armement ont largement investi les médias dans la période récente, comme Lagardère et Bolloré, ce qui pose sous un autre angle la question de l'indépendance de la presse, et qui explique sans doute les proportions qu'a prise l'affaire clearstream, sur fond de rivalité EADS/Thomson.

Le procès aura en tout cas montré au grand public les risques d'une main mise du pouvoir sur la justice. Nominations d'amis politiques à tous les étages de la magistrature, instructions généralisées du pouvoir aux procureurs, disparition programmée des juges d'instruction. La résistance d'un juge aux pressions du parquet, dans l'affaire Clearstream, ne doit pas faire oublier d'autres compromissions, comme dans le département des Hauts-de-Seine, par exemple.

villepinsarkozy.jpgSur le plan politique, l'honneur lavé de Villepin et l'acharnement de Sarkozy ont révélé au grand jour la contestation grandissante vis-à-vis du chef de l'UMP, dont la brutalité et l'aveuglement inquiètent dans ses propres rangs. L'affrontement entre les deux hommes, d'une violence qui ramène les rivalités entre socialistes au rang d'aimables jeux d'enfants, repose sur un fossé culturel entre les droites, un temps gommé par la création de l'UMP et l'autoritarisme de Sarkozy. L'irruption d'une droite libérale décomplexée et opportuniste a heurté de plein fouet la culture gaulliste ou démocrate-chrétienne de la droite française, ce que le Modem n'a pas su exploiter. L'heure de la revanche a peut-être sonné, au moment où le pays aspire à davantage davantage d'éthique et de valeurs collectives. Je le souhaite sincèrement, pour la qualité du débat démocratique et la sauvegarde du modèle social républicain

Finalement, l'affaire Clearstream n'a sans doute pas révélé tous ses secrets, mais elle a démasqué le pouvoir. Le roi est nu

20 janvier 2010

Du bilan au projet

Une élection se joue d’abord sur un programme, sur un projet. Celui des Socialistes et de leurs alliés citoyens et radicaux, bâti avec les militants et les citoyens, sera notre principal atout pour convaincre. Ce programme se nourrira bien évidemment aussi de l’expérience et du travail menés ces six dernières années par la majorité de gauche sortante, sous la conduite de Daniel PERCHERON, Président du Conseil Régional. 

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Défense de l’emploi, développement durable, rénovation urbaine, solidarité... les élus socialistes, radicaux et citoyens, avec le soutien des Verts et souvent des communistes, ont choisi le volontarisme partout où la situation de notre région l’exigeait. Quitte à sortir souvent du champ étroit des compétences obligatoires que l’Etat assigne aux Régions. 

Quelques exemples : 

  • Une convention de reclassement unique en France, pour les travailleurs licenciés des entreprises de moins de 1000 salariés : 80% du salaire pendant un an (au lieu de 8 mois prévus par l’Etat), un accompagnement individuel renforcé (1 conseiller pour 30 personnes plutôt que 1 pour 150), dans les 15 bassins d’emploi de la région (au lieu des 3 seulement financés par l’Etat).
  • 102 équipements de santé (scanners, IRM…) offerts aux hôpitaux de la région, dans le cadre du Plan cancer régional, lancé 4 ans avant celui de l’Etat.
  • 4 milliards d’euros rassemblés pour la rénovation en profondeur de nos villes, soit 4000 € par habitant ! Dans ce total, pour 1€ avancé par la Région elle-même, elle en a obtenu 10 des autres financeurs sollicités.
  • Une réflexion sur le développement durable qui irrigue toutes nos politiques : gestion des déchets, habitat énergétiquement sobre, préservation des campagnes proches des villes, gestion durable des paysages, soutien aux transports collectifs…
  • L’accueil à Lens d’une antenne du plus grand musée du monde : le Louvre, véritable locomotive pour le tourisme régional et l’économie du bassin minier.
  • Le doublement en six ans des subventions au sport, au profit de tous les clubs, des associations de village aux grands clubs européens.
  • Le TER à 1€ quatre fois par été, pour aller à la mer et au parc du Val-Joly.
  • Les seuls TER-GV de France, pour relier Arras, Lens, Calais et Dunkerque à Lille en 30 minutes, Boulogne à Lille en une heure.
  • Une région devenue l’une des premières de France pour la création d’entreprise, après avoir été l’une des dernières.
  • Un plan de relance régional qui a sauvé 73 entreprises et 7000 emplois.

Tout cela à quel coût ? La gestion rigoureuse de la Région a été saluée par la Chambre régionale des comptes. Le Conseil régional prélève moins de 30€ par an en moyenne à chacun de ses habitants, les locataires payant en réalité 0€. Et il dépense chaque année 10 fois plus au profit de chaque habitant (361 euros) ! 

Découvrez le détail du bilan des élus socialistes, citoyens et radicaux, et participez à l'élaboration du projet, sur le site de campagne npdc2010agauche.fr

07 janvier 2010

triste jour

DSC_0016.JPGTriste jour, marqué par la disparition brutale de Philippe Séguin, le premier président de la Cour des comptes.

Ombrageux et farouchement indépendant, ce personnage atypique manquera cruellement à la vie politique et institutionnelle de notre pays. Alors qu'il est de bon ton de critiquer l'ENA et la méritocratie à la française, il en était l'un des plus beaux symboles, et la personnification de la devise apprise sur les bancs de la rue de l'Université : "servir l'Etat et ne pas s'en servir".

J'ai eu la chance à la Cour des comptes de le cotoyer et de le servir. Travailler avec une telle personnalité m'a profondément marqué. A la fois parce que son parcours d'homme d'Etat suscite le respect, toujours fidèle à ses convictions. Mais aussi parce qu'il témoignait en toutes circonstances d'une grande tolérance et d'une rare ouverture d'esprit. Enfin parce qu'il incarnait le coeur battant de l'Etat républicain : l'intérêt général doit prévaloir en toutes circonstances sur les intérêts particuliers.

Un grand monsieur est parti. Triste jour.

05 janvier 2010

Fasse qu'elle nous ouvre les yeux

Comment trouver des raisons d’espérer à l’aube d’une nouvelle décennie ? Tâchons tout d’abord d’oublier le cauchemar de l’année 2009, refermée par le triste débat sur l’identité nationale, qui sauf exception, n’a fait que tisonner la haine de l’autre pour mieux faire oublier la crise et ses dramatiques conséquences.

Le cauchemar va-t-il se dissiper en 2010 ? La grippe A s’éloignera et Bachelot revendra ses vaccins. La France brillera en coupe du monde et fera oublier la piteuse qualification de Domenech. Le sommet de Mexico fera oublier le fiascopenhague et la taxe carbone. Obama prendra des initiatives décisives pour la paix. C’est ce que l’on peut souhaiter.

Malheureusement, d’autres menaces se profilent. Le gouvernement attend les régionales pour lancer d’autres réformes libérales sur les retraites, les services publics, les territoires. Il veut en particulier casser la démocratie locale, comme il casse déjà les protections sociales et le code du travail. La région, comme le département, seront asphyxiés ou supprimés, et ne pourront plus donner aux communes ou aux associations les moyens d’exercer la solidarité de proximité.

Dans un pays si sensible aux injustices, le réveil pourrait être brutal en 2010. Les dernières illusions s’envolent et notre pays est ruiné. Nous n’oublions rien. Ni les cadeaux aux amis du Fouquet’s, ni le bouclier fiscal, ni les mensonges sur le pouvoir d’achat et les usines, ni les banlieues, ni le prince Jean, ni la suppression de milliers d’enseignants, ni la mise au pas des médias et de la justice. La résistance s’organise, à l’exemple chez nous en 2009 des salariés de Valéo, des personnels d’Hopale, des pêcheurs d’Etaples, des militants socialistes ou des agriculteurs troublant les festivités de l’UMP au Touquet, des milliers de citoyens votant contre la privatisation de La Poste, des solidarités qui s’organisent en faveur des plus fragiles ou des réfugiés.

Avec vous, le PS peut gagner les élections régionales en mars, derrière Daniel Percherondaniel percheron.jpg, et ainsi envoyer un signal fort au pouvoir. Avec une gauche requinquée, on verra moins souvent l’omniprésident à la télévision et son coucou local dans les journaux. L’opposition sera davantage respectée, et pourra défendre les « 3 E » (emploi, éducation, environnement) plutôt que les « 3 I » (immigration, identité nationale, insécurité), au sortir de la crise. Le débat démocratique national ou local y gagnera, et l’on commencera à rêver d’alternance.

Vous pouvez compter sur moi, avec l’ensemble des élus et militants socialistes, pour faire entendre une voix forte durant l’année 2010. Fasse qu’elle nous ouvre les yeux. En attendant, je souhaite à chacune et chacun la santé, car c’est le plus important, mais aussi le bonheur au milieu des vôtres et l’envie d’agir pour les autres.

13 décembre 2009

Sarkopenhague

copenhague.jpgJe suis très inquiet de voir l'opinion exprimer dans les sondages une forme de ral-le-bol vis-à-vis de la "Grand messe" de Copenhague, qui résonne pour certains comme un grand show, loin de leurs préoccupations quotidiennes et de leurs inquiétudes sur la crise

Alors que l'avenir de la planète se joue, et qu'il devient urgent d'impulser un nouveau mode de développement plus respectueux pour l'homme que le capitalisme anthropophage, il nous faut à nouveau assister au spectacle pénible des gesticulations de 4S, Super-Sarko Sauveur des Siens. On a déjà vu tant de fois le film que l'on est évidemment tenté d'éteindre la télé.

Sarkozy a en effet une grande responsabilité dans cette méfiance désormais générale en France vis-à-vis des politiques au plan national. Lui qui voulait réhabiliter la volonté en politique ne restera dans les livres d'histoire que comme un vulgaire animateur de télé, dont l'émission interminable a fini par faire zaper le spectateur.

Plus personne n'est dupe des rodomontades du président, hier sur le Grenelle de l'environnement, qui a débouché sur un nouvel impôt ménage, la taxe carbone, dont les transporteurs routiers viennent de s'exonérer à l'avance, aujourd'hui sur le sommet de Copenhague, où l'Europe est incapable de trouver quelques milliards pour aider les pays pauvres à lutter contre le pillage de leurs ressources, demain sur les bonus des traders, quand on refuse de taxer les super-profits des banques ou de lever le bouclier fiscal

Le spectacle risque d'être celui de dirigeants vieillissants, qui sous la pression des lobbies industriels préfèrent reporter les engagements sur les générations futures (2020, 2030 ?), quand aucun d'entre eux ne sera plus là pour rendre des comptes.

lipdub.jpgLa perte de crédit de la parole politique se mesure tous les jours, comme le buzz créé autour du fameux clip de l'UMP sur "la France qui change", où les images utilisées provenaient d'une banque d'image américaine. Plus triste encore, le spectacle de ces ministres qui se dandinent en chantant "changer le monde", avec la jeunesse dorée de l'UMP, dans une sorte de karaoké grotesque, indécent en cette période de crise.

Pourtant, je n'ai jamais cru au risque de berlusconisation des esprits. Pas en France, où en chaque râleur sommeille un révolutionnaire. C'est ainsi par exemple qu'a été éventée récemment la manoeuvre sur l'identité nationale, qui devient un supplice chinois pour le gouvernement, trois mois avant les élections régionales. Il n'y a qu'en France que la suppression de l'histoire en terminale scientifique pourrait mettre des gens dans la rue, car l'école n'est pas seulement là pour former des fourmis de la mondialisation, mais aussi des citoyens pensants.

Copenhague sera un succès, moins par la force des engagements gouvernementaux que par l'émergence d'une opinion mondiale capable de faire pression et d'imposer par la base un autre modèle de développement. Une nouvelle résistance s'engage, source de renouveau idéologique pour une gauche qui a la responsabilité historique de porter de nouvelles conquêtes sociales. Pour vraiment "changer le monde"...

30 novembre 2009

apprentis sorciers

Les élections régionales approchent, et c'est pour le pouvoir un enjeu majeur. Une victoire de la gauche empecherait Sarkozy de finir son mandat avec les dernières réformes qu'il prévoit pour casser définitivement le modèle social français qu'il abhorre.

Comme à chaque élection, invariablement, la droite met en avant le thème de la sécurité, parce que le réflexe de peur suscite un vote conservateur. Ce fut le cas aux dernières élections européennes, où la peur de la crise a fait voter les peuples en faveur de la droite, quand bien même c'était elle qui avait dérégulé le système financier. C'est aussi l'occasion de prendre des voix au Front national, comme ce fut le cas en 2007.

Le problème, c'est que les chiffres de la sécurité ne sont pas brillants, et que les violences aux personnes n'ont jamais été aussi importantes, malgré tant de lois et de gesticulations, depuis la nomination de Sarkozy comme ministre de l'intérieur en 2002. En plus, le titulaire du poste, Brice Hortefeu, cumule les boulettes et ne rassure pas. Même sa proposition d'instaurer un couvre feu pour les moins de 13 ans n'a pas produit l'effet habituel, tellement la ficelle parait grosse.

Quand la sécurité ne marche pas, il reste alors l'immigration, heureusement. Le pouvoir a donc lancé un autre leurre, sous l'impulsion de l'ineffable Besson, décidemment prêt à toutes les bassesses, avec le débat sur l'identité nationale, sensé faire peur aux français. Le débat a bien eu lieu, mais s'est retourné contre leurs auteurs, puisque la manoeuvre a été dénoncée, et que certains esprits chagrins ont fait valoir que le modèle social était au coeur de l'identité nationale, et que donc le pouvoir de Sarkozy, en voulant l'affaiblir, était le fossoyeur de l'identité nationale. Encore raté !

Si la sécurité et l'immigration ne marchent pas, il faut alors sortir la dernière carte, l'islamisme. Heureusement qu'il reste la burqa, soigneusement tenue au frais dans la réserve du patron. Je vous parie à 10 contre 1 que l'interdiction de la burqa va ressortir opportunément quelques semaines avant les régionales, pour montrer aux électeurs du Front national que Sarkozy est plus fort que Le Pen. Et tant pis si l'on montre les musulmans du doigt, en les rejetant dans un Moyen âge imaginaire, en les désignant comme les boucs émissaires de notre monde trop complexe. La laïcité, notre trésor national, va une nouvelle fois subir les assauts d'une droite peu scrupuleuse qui préfère l'affrontement entre individus et communautés que conforter l'espace public et la cohésion nationale.

burqa.jpgEt si la burqa ne suffisait pas ? Alors je ne vois plus qu'un referendum sur les minarets, comme celui qui vient d'aboutir en Suisse, et qui a suffisamment affolé les campagnes avec la perspective de muezzins troublant la quiétude des vaches. Le Front national serait ainsi débordé, et tant pis si ses idées nauséabondes se remettent à progresser.

Pauvre France. Tu ne mérite pas de tels apprentis sorciers...

17 novembre 2009

mobilisation générale

J'ai assisté hier à l'assemblée générale de l'association des départements de France, avec la forte délégation emmenée par Dominique Dupilet, le président du conseil général du Pas-de-Calais. Plus de 2000 conseillers généraux, venus de toute la France, ont tenu à manifester leur hostilité, parfois bruyamment, aux projets de réforme territoriale du gouvernement. Pourquoi une telle bronca, de la part d'élus responsables, venus de tous les horizons politiques, et peu habitués aux coups d'éclats ? agfdesr3.jpgLaurent Fabius, chargé par Martine Aubry de la riposte, qui était l'invité à Lens de la fédération départementale des élus socialistes du 62, nous en a donné quelques clés.

Couper les vivres aux collectivités locales en supprimant la fiscalité sur les entreprises, éloigner les élus de la population avec les futurs conseillers territoriaux cumulards, empêcher région et département d'intervenir au-delà de leurs compétences obligatoires, tout cela est déjà gravissime. Aucune économie à en attendre, et ce seront les français qui paieront l'addition, puisqu'il faudra bien qu'ils payent le nouveau cadeau fait au MEDEF. La part des ménages dans la fiscalité locale passera de 50 à 70%. C'est d'autant plus grave que ce sont les collectivités locales qui financent l'essentiel des investissements dans notre pays, en temps de crise, et qu'elles gèrent généralement bien leur budget, obligatoirement en équilibre, contrairement à l'Etat, qui fabrique sous Sarkozy des déficits abyssaux. De nombreux maires, notamment dans les petites villes et les villages, de gauche comme de droite, sentent le danger. Si la région et le département ne peuvent plus aider leurs projets ou leurs associations, alors que les moyens des communes vont fondre, ils n'ont plus qu'à mettre la clé sous la porte. Le dévouement a ses limites.

Faire les poches des collectivités locales et des ménages pour payer sa politique dispendieuse, c'est déjà scandaleux. Mais pour l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, peu concerné par la vie du pays profond et qui ne viendra même pas au congrès des maires, l'essentiel n'est pas là. Charcutage des circonscriptions législatives, redécoupage des cantons, nouveau mode de scrutin inique pour les futurs conseillers territoriaux (scrutin uninominal majoritaire à 1 tour pour la plupart des cantons). Le projet est bel et bien de punir les électeurs de gauche, en leur imposant des élus UMP à tous les étages. Vous trouvez que j'exagère ? Rendez vous compte : si le mode de scrutin proposé par Sarkozy était déjà en place, 25% des cantonales partielles gagnées par la gauche depuis 1 an au 2ème tour verraient leur résultat inversé, puisque le candidat UMP arrive souvent en tête au 1er tour. La droite pourrait être minoritaire chez les électeurs mais gagner quand même les élections ! Le rêve de Sarkozy.

C'est tellement gros que çà peut passer, d'autant que la réforme est découpée en tranches. Je ne fais pas confiance au Sénat, qui atténuera peut être juste un peu la charge, encore moins à une Assemblée nationale caporalisée. Il faut donc se mobiliser puissamment, et faire comprendre que derrière le procès des élus de proximité, ce sont les citoyens qui sont visés : leur portefeuille, leurs services publics locaux, leurs associations, mais aussi leur carte d'électeur.

09 novembre 2009

Au pied du mur

20 ans après la chute du mur de Berlin, nous avons le recul nécessaire pour porter un jugement sur ce qui fut le tournant historique du XXème siècle, repoussant au-delà des frontières de l'Europe la barbarie et le totalitarisme.

trabant.jpgJe me souviens, peu après la chute du mur, avoir parcouru l'Europe de la frontière polonaise au Finistère, pour ramener une Trabant au siège du groupe Doux, où j'étais en stage, cadeau des ouvriers d'un abattoir est-allemand qui venait d'être racheté par l'entreprise française. Tant d'espoirs de prospérité, tant de rêves de liberté, tant de fraternité retrouvée.

Aujourd'hui, l'ancienne RDA a été absorbée brutalement, "achetée" à coups de deutschmarks ou plutôt "vendue" aux valeurs du libéralisme et de la consommation, comme tant d'autres anciennes républiques communistes, qui ont basculé dans le modèle ultra-capitaliste. Comment s'étonner aujourd'hui de l'inquiétude que l'on perçoit de ces peuples, qui se retournent contre l'idée européenne et les valeurs démocratiques, à l'heure où le modèle ultra-libéral vacille. La social-démocratie européenne a raté quelque chose, par la faute des apprentis libéraux de tous poils, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France.

Comment compter sur Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pour reformer l'amitié franco-allemande, telle qu'elle pouvait servir de moteur à l'ambition européenne du temps de François Mitterrand ? Comment d'ailleurs demander aux fossoyeurs du modèle social européen d'être les artisans d'une Europe de la solidarité ? Il ne suffira pas de nommer un ministre franco-allemand dans deux gouvernements de droite, pour refonder une ambition sociale pour l'Europe. Pas plus que de nommer un président fantoche, pour servir d'alibi à une Europe sans cap, qui met les peuples en concurrence.

En pensant au mur de Berlin, je n'oublie pas non plus d'autres images, comme la chute des tours jumelles à New York, ou la construction d'un autre mur de la honte, entre Israël et la Palestine. Il reste des murs à abattre, et des passerelles à construire entre les peuples, pour que le XXIème siècle finisse mieux qu'il n'a commencé. Quel tristesse de n'avoir d'espoir qu'en Obama, quand l'Europe et la France avaient tant à dire !

18 octobre 2009

prince Jean

C'est le tournant du quiquennat. Et sans doute l'un des symboles qui restera de son fiasco

L'illusion Sarkozy n'aura finalement duré que 6 mois, et sa cote de popularité a perdu plus de 30 points depuis août 2007, pour atteindre 38% deux ans après. La présidence de l'union européenne puis les gesticulations internationales pendant la crise lui avaient accordé un sursis, mais aujourd'hui le roi est nu.

Les deux tiers des français ne supportent plus ses rodomontades et sa gestion brouillonne de l'actualité sociale, qui inquiètent plus qu'elles ne rassurent. Sa dialectique de gauche et ses débauchages ministériels ne masquent plus la brutalité de sa politique ultra-libérale. Jusqu'à la grippe A qui refuse de prendre le pas sur les suicides à France Telecom et les déficits vertigineux du budget de l'Etat. Que s'est-il donc passé ?

La votation citoyenne pour refuser la privatisation de La Poste avait été un signe avant-coureur du climat de résistance qui s'installe dans le pays. Mais il en fallait plus pour calmer la morgue du locataire de l'Elysée, balayant d'un revers de manche la grogne des élus UMP sur la taxe carbone, la taxe professionnelle et surtout la réforme des collectivités locales.

princejean.jpgIl a fallu cette folle obstination sur la nomination de son fils à la tête l'EPAD, l'établissement qui gère la manne de la Défense, le plus grand centre d'affaires européen. Un épisode secondaire, somme toute, dans l'histoire de la gestion clanique du département des Hauts-de-Seine, le coffre-fort du RPR puis de l'UMP en passant par le RPF de Pasqua. Secondaire, mais tellement parlant.

Car la maison Sarkozy est en train de chuter non pas à cause d'un dossier mal géré ou d'une injustice de plus, mais sur la question des valeurs. Tout à coup, chacun a pu réaliser le sens profond de la soirée du Fouquet's, au cours de laquelle Sarkozy avait remercié la poignée d'amis patrons - dont la moitié habite Neuilly-sur-Seine et travaille à la Défense - qui l'avait porté au pouvoir. L'exercice solitaire du pouvoir, cette impudeur nouvelle dans les attitudes publiques ou privées, ces discours truffés de "moi je", tout cela a pu séduire un pays qui croit à la force du politique et n'aime rien tant que fabriquer les destins.

L'affaire du prince Jean a ramené la saga Sarkozy à une vulgaire berlusconnerie.

Il n'y a pas que l'image de la France à l'étranger qui souffre de cet épisode lamentable, avec les journaux du monde entier qui font des gorges chaudes sur le "monarque républicain". L'électorat de droite est troublé de découvrir que les valeurs du travail et du mérite mises en avant dans les discours de campagne n'étaient que le cache-sexe du piston et de l'affairisme. Mais ce qui inquiète désormais le plus grand nombre, c'est de découvrir l'utilisation très personnelle qu'un homme fait d'un pouvoir qu'il a méticuleusement concentré entre ses mains. S'il a pu faire nommer son fils à la tête du carrefour européen des affaires, combien d'amis a-t-il déjà placés dans les médias, dans la justice, dans l'administration, dans les entreprises, pour surveiller et faire prospérer les intérêts de son clan ? Combien de loi ou de textes a-t-il fait voter ou décidé, pour satisfaire les intérêts particuliers et s'affidier les puissants ?

Il était temps de dévoiler l'imposture. Finalement, le président du pouvoir d'achat restera comme celui du bouclier fiscal pour les plus riches. Blum parlait des "200 familles", Mitterrand du "mur de l'argent". Demain, on parlera des "conjurés du Fouquet's", démasqués un certain octobre 2009.

 

11 octobre 2009

ballets roses

Le canard enchainé a révélé les dessous des journées parlementaires de l'UMP, où un spectacle de strip tease avait été organisé jeudi 24 septembre à l'hotel Mercure du Touquet. La petite gâterie a tourné court, devant les craintes que l'affaire ne s'ébruite, mais la folle soirée a duré jusqu'à 5 heures du matin.

Cette affaire, plus pitoyable que scandaleuse, a pourtant profondément choqué les citoyens d'une région qui se serre la ceinture en période de crise et qui subit de plein fouet les conséquences du libéralisme de la droite au pouvoir. Voir le gouvernement et la majorité UMP s'amuser dans les hotels 4 étoiles du Touquet Paris-Plage avait quelque chose d'indécent, qui a fait réagir vivement les élus PS dans une lettre ouverte sur la "droite Touquet's".

ballets roses.jpgLe strip tease du Touquet n'est pas sans rappeler la fameuse affaire des ballets roses, qui avait mis en cause en 1959 le président de l'Assemblée Nationale (déjà). La comparaison s'arrête là, mais cette affaire de moeurs avait aussi choqué à l'époque parce qu'elle intervenait dans un contexte de crise, politique et économique.

Alors que Frédéric Mitterrand s'est défendu d'avoir fait l'apologie du tourisme sexuel et la pédophilie dans son livre "la mauvaise vie", après sa réaction maladroite à l'arrestation du réalisateur Roman Polanski, le trouble est perceptible à l'UMP. D'autant que l'affaire du violeur récidiviste  et la recrudescence des violences aux personnes fait ressortir les limites de la politique repressive affichée par Sarkozy depuis 2002.

Nicolas Sarkozy avait donné le ton d'une droite décomplexée, lors de la fameuse soirée du Fouquet's en 2007. La réussite et l'argent remplaçaient le mérite et travail dans l'ordre des valeurs. On avait alors parlé de la droite "bling bling", en voie de berlusconisation. La crise et les parachutes dorés des patrons ont conduit notre président à cacher sa Roleix et à afficher une volonté de "moralisation du capitalisme", dont on voit les brillants résultats, à l'heure où les banques aidées par l'Etat servent de généreux bonus à leurs dirigeants.

Retour à l'ordre moral ? La tentation est toujours grande pour la droite en période de crise. Mais en l'absence d'exemple au plus haut niveau de l'Etat, il ne faut pas y compter. Retour aux valeurs de solidarité ? C'est un gros mot pour le gouvernement du bouclier fiscal et de la suppression de la taxe professionnelle. Tout au plus peut-on souhaiter un peu de décence...